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si sage, sérieux

1840-1893

« Quoique ses talents soient quelque peu supérieurs à la moyenne, il n’a aucune chance de faire une carrière musicale », tel est le jugement émis par un certain Rodolph Kundinger,  professeur  de piano auquel on avait confié le jeune Tchaïkovski. Piotr Illytch, alors âgé de vingt ans, se morfond, dans une ambiance à la Gogol, dans un obscur département du ministère de la Justice, où il lui arrive d’égarer par distraction les documents qui lui sont confiés.  Mais Tchaïkovski n’a cure de ce verdict : la musique sourde en lui depuis son plus jeune âge. De son enfance à Votkinsk (Oural), il garde le souvenir de longues soirées d’hiver où il se prenait à improviser sur le piano du grand domaine et revit ses insomnies durant lesquelles il s’écriait « Ah cette musique ! cette musique ! ». A Saint Petersbourg, où la famille s’est récemment établie, il est de toutes les évènements musicaux, opéras, ballets, soirées privées. Ayant fait ses adieux à la bureaucratie, il s’inscrit aux Classes musicales ouvertes en1860 (et transformées en Conservatoire en 1862) sous la houlette d’Anton Rubinstein. Il y apprend la composition, l’orchestration, le piano, la flûte et l’orgue. De condition bourgeoise – son père est grand capitaine d’industrie – Tchaïkovski ne craint pas de gagner petitement sa vie en donnant des leçons de piano dans les bonnes familles. Ses premières compositions sont vertement critiquées par Rubinstein : « ça ne vaut rien ». Timide, fragile, il observe de loin le groupe des Cinq (Balakirev, Borodine, Cui , Moussorgski et Rimski-Korsakov ; voir art. Musique) sans parvenir à se lier d’amitié avec ces musiciens sûrs d’eux, qui lui paraissent trop brutaux, novateurs.
Son caractère sombre, nostalgique ne cesse de s’affirmer, il se sent peu doué pour la vie, tente de se suicider pour rejoindre sa mère bien aimée emportée par une épidémie de choléra alors qu’il n’avait que quatorze ans.

Ni Orient, ni armes, ni esclaves

Musée dans l'Oural, frontière de l'Europe

Il parvient à s’échapper de cette ambiance pesante grâce Nicolas Rubinstein, frère d’Anton, qui le recrute en 1866 pour enseigner le piano au Conservatoire de Moscou nouvellement créé (cet établissement porte à présent son nom). Là, il prend peu à peu confiance et compose en 1869 sa première symphonie et son premier opéra « Le Voïvode » pour lequel, se distinguant de la mode du moment, il ne voulait « ni Orient, ni armes, ni esclaves ». Le compositeur, tout en s’affirmant russe et s’inspirant du folklore, ne cache pas son admiration pour les grands maîtres allemands : Mozart, Beethoven. Tandis que ses maîtres l’éreintent, le public moscovite juge ses œuvres « pas mauvaises ». En 1870, Balakirev, duquel il s’est timidement  rapproché, lui commande un poème symphonique pour la Société russe de musique. Il livre Roméo et Juliette qui remporte un grand succès lors de sa création à Moscou. A la même époque,  Tchaïkovski s’essaie à la direction d’orchestre, mort de peur, il se tient la tête de peur qu’elle ne tombe. Là encore, si l’assurance ne vient que progressivement, Tchaïkovski finira par faire de triomphales tournées à l’étranger dirigeant ses œuvres, inaugurant même le Carnegie Hall  en1891.
A compter des années 1870, Tchaïkovski compose ardemment : quittant l’appartement collectif du conservatoire, il s’installe avec son valet Aliocha et ne cesse d’aborder de nouvelles formes musicales. En 1875, son premier concerto pour piano, qu’il souhaite dédier à Nicolas Rubinstein est rejeté violemment par ce dernier qui se dit « répugné ». La même année il compose Le lac des cygnes, qui se solde également par un échec retentissant. Heureusement, Tchaïkovski trouve auprès des compositeurs occidentaux tels que Lizt, Saint Saëns, Debussy,  Bizet un accueil plus chaleureux. Et puis, il a commencé à s’endurcir, à ne plus souffrir des critiques acerbes de ses contemporains, du moins en ce qui concerne sa musique. De fait, homosexuel notoire à une époque où ce penchant pouvait conduire au bagne sibérien, il tente de s’amender et de se donner une image respectable en épousant une jeune musicienne.

Nadiejda Von "Mec" !

Ce mariage est un échec cuisant, incapable de surmonter son dégoût, Tchaïkovski se sépare d’Antonina Milioukova avec les pires difficultés et sort de ce mariage ravagé (1877). Peu de temps après, il entame une relation épistolaire avec la baronne Von Meck, veuve richissime et mélomane, qui lui promet de ne jamais exiger de lui la moindre rencontre. La baronne lui envoie des courriers passionnés et – surtout – elle le dote grassement d’une pension annuelle de 6000 roubles.  « On » rembourse discrètement les dettes qu’il ne cesse de contracter (il s’habitue très vite au luxe !), on l’invite à séjourner dans des palaces russes, italiens, parisiens. Lui compose, hors du temps, passant des œuvres dictées par son inspiration à des œuvres de commande, sans juger les secondes inférieures aux premières. Il dédie à la baronne sa Quatrième symphonie et dans de longues missives, s’explique sur ses sources d’inspiration, ses méthodes de travail, ses goûts musicaux. Cette relation  particulière s’achèvera en 1890, sur l’initiative de la baronne Von Meck finalement lassée de n’être qu’une mécène. Entre temps, Tchaïkovski s’est imposé comme parmi les meilleurs compositeurs de son temps : Eugène Onéguine est créé à Moscou en mars 1879. L’année suivante, il compose le Capriccio Italien, la célèbre Sérénade pour cordes et l’Ouverture 1812 . Un an plus tard, il dédie son superbe Trio pour piano à Nicolas Rubinstein, décédé. Il compose ensuite Manfred (1885), sa cinquième symphonie (1888). En 1889, le danseur et chorégraphe français,  Marius Petipa, qui dirige les théâtres impériaux à Saint-Pétersbourg lui commande un ballet avec comme argument La Belle au Bois Dormant . Triomphe, suivi de celui de la Dame de Pique, écrite en quelques mois. Seconde commande de Marius et ce sera Casse-Noisette, créé au théâtre Marinsky de Saint-Pétersbourg en décembre 1892. Le 6 novembre 1893, quelques jours après la création de sa symphonie « Pathétique », Tchaïkovski meurt du choléra après avoir bu de l’eau non stérilisée. Son décès est parfois, mais sans la moindre preuve, considéré un suicide lié au scandale de son homosexualité. Malgré l’abondance de concurrents notoires, Tchaïkovski reste le compositeur le plus populaire de Russie. Sans doute, parce que sa musique, souvent lyrique, reflète une personnalité hypersensible (« Quel pleurnicheur je fais ! »). Peut être aussi parce que hors des querelles idéologiques, elle est le produit d’une synthèse équilibrée entre tradition russe et canons occidentaux.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

On peut – entre autres-  écouter ce morceau que j’aime beaucoup car il passe d’un registre à l’autre avec une facilité déconcertante : Romance Opus 5

Hiver

« Ciel de brume ; la tempête tourbillonne en flocons blancs, et vient hurler comme une bête (…) ». Ces vers, tirés d’Eugène Onéguine de Pouchkine, et consacrés aux soirs d’hivers, sont parmi les plus récités de Russie. Devenu célèbre en France par les campagnes de Napoléon, le général Hiver, toujours prêt à dérouter l’envahisseur, est un élément structurant de la société russe.

Féroce car continental, il n’est pas avare en températures excessives : au mois de février, les moins 25°C sont monnaie courante en Russie européenne, tandis que la Sibérie flirte avec les moins 40°C. Un siècle et demi après la déroute de la Bérézina, les troupes allemandes connurent à leur tour l’assaut ravageur du général Hiver : en décembre 1941, par des températures de -20 ° C, les soldats russes de Sibérie, bien équipés et bien entraînées pour l’hiver, contre-attaquent aux alentours de  Moscou. Les armées allemandes, bloquées depuis quelques semaines, sont éventrées. Elles manquent d’équipement adapté. Les moteurs des chars et des avions gèlent, les soldats aussi.

Pourtant, en temps de paix, lorsque le froid est sec et que le vent ne vous arrache pas les oreilles, il est donné de survivre, pourvu que, vous soyez bien couverts et puissiez trouver de temps en temps un abri, pour y consommer thé ou vodka. De fait, les pauvres de Russie paient régulièrement un lourd tribut à cette saison : les décès pouvant se chiffrer par milliers si la rigueur est au rendez-vous.

Les premières neiges, qui tombent généralement dans la deuxième quinzaine d’octobre, donnent le signal du grand calfeutrage auquel se livre tout un chacun. Avec de larges rubans adhésifs, on immobilise toutes les fenêtres jusqu’au printemps : seules restent ouvrables les « fortotchkas » (vasistas) qui permettent de faire rentrer des courants d’air glacé dans des pièces généralement surchauffées. On étouffe également dans les moyens de transport, y compris dans les voitures particulières. C’est que, bien dotée en ressources naturelles, la Russie ne se pose pas encore la question des économies d’énergie. Par contre, elle a depuis longtemps résolu le problème de la conservation des fruits et légumes, en développant une impressionnante industrie du bocal accompagnée  d’un savoir-faire inégalé en matière de soupes, compotes, salaisons.

Une fois installé, l’hiver offre de multiples plaisirs : patinage, ski, luge, pêche sur la glace, roulades dans la neige au sortir du sauna, glaces à la vanille. Il magnifie le moindre paysage :  les usines ne sont plus grises, les plots offrent de tendres obstacles, les coupoles dorées des églises étincellent sous le soleil.

Les fleuves, pris dans les glaces, peuvent être traversés en automobile. Certains hivers, les grands lacs sont capables de recevoir des voies ferrées posées à même leur surface. Ces conditions extrêmes permettent des découvertes inouïes : en paléontologie (mammouths de plus de 20.000 ans), en archéologie (tribus chamanes de plusieurs siècles) ou bien encore en géologie. Ainsi, à Vostok, un des endroits le plus inhospitalier de la Terre avec ses 3500 mètres d’altitude pour une température moyenne annuelle de moins 55°C, des équipes internationales ont pu forer une carotte de glace de 3623 mètres révélant des données climatiques vielles de  140.000 ans.

Mais la rudesse de l’hiver se fait tout autant ressentir lorsqu’arrive le printemps. Les rues et les trottoirs se transforment en ruisseaux de boue, les peintures se craquèlent, les pianos se désaccordent. Des rebords de toits menacent de tomber d’immenses stalactites de glace, qui peuvent tuer des passants imprudents. Des acrobates sont rémunérés spécialement pour débarrasser les toitures de ces véritables épées de Damoclès. Même en Iakoutie, il faut faire face au printemps : ainsi la ligne de chemin de fer Baïkal-Amour est montée sur pilotis pour remédier à l’instabilité provoquée par le dégel superficiel du permafrost.

Quant à savoir si le réchauffement climatique pourrait mettre à bas tout cet édifice social et culturel, les avis sont partagés. L’hiver 2006, particulièrement doux, a été pour certains, l’occasion de lancer un signal d’alarme. Il a pu semblé révoltant que plusieurs centaines d’ours ne puissent faire leur dormance hivernale en toute sérénité. Plus sérieusement, les climatologues envisagent de possibles impacts négatifs sur la couverture forestière du territoire.

Jamais à court d’idées audacieuses ou saugrenues, certains savants russes proposent de lutter contre le réchauffement climatique en dispersant  de fines gouttelettes de soufre dans la stratosphère en vue de réfléchir le rayonnement solaire.  A contre-courant, un membre de l’académie des sciences anticipe, de son côté, un important refroidissement planétaire à l’horizon 2050, suite à une baisse de luminosité du soleil.

La splendeur de l’hiver russe n’est peut être que temporairement menacée.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

Filature

Je suis née dans des draps
Sans plis, amidonnés

J’ai grandi dans tes draps
Parfumés et humides
Des draps où se cacher
Des draps où naviguer

J’ai aimé dans ces draps
Tissus tourneboulés
Agrippés, échappés

J’ai pleuré dans mes draps
Silencieux et patients

Debout
Dans de beaux draps
J’avancerai dans tes bras
Soit en haut, soit en bas

Je m’en fous
Tu s’ras là
Matiouchka

Ne vole pas dans mes aile

Ici, dans ce pays, les usines de poulet sont totalement fermées. Elles sont parties à l’Est où l’on paie pas extrême. On a su qu’les chinois se prennent pour des surhommes. Pas la moindre faiblesse. Un cœur sans déchirure. Une langue, mais muette.  C’est facile à capter !
Alors ami chine toque ?  T’as  quitté ton  village, abruti par l’alcool, pour un brin d’liberté et tu es enfermé, tu dois donner ta vie pour des plats dégueulasses ! C’est un rapt, tu le sais, qu’elle finit par te dire, ta courageuse psyché, pas totalement fauchée.
Depuis que t’as compris, tu fais le sale gosse, tu arrêtes de sourire, tu veux d’la transparence, sur les marges, sur les prix. Tu deviens enragé, pris de lucidité. C’est trop pour les dirlos. Du poulet sans saveur, ils vont le faire ailleurs. Ouais, c’était éphémère. On s’en fout, on trahit. Oui, on est versatiles et en plus flegmatiques !
Tu concocte une vengeance : ils boiraient du mercure, ce serait une sale mort, sans beauté, sans lumière. Mais ta pauvre personne court d’échec en échec. T’es prêt à pardonner. Mais quelle citrouille tu fais ! Où t’as mis tes méninges ? Elles sont sur coussin d’air ?
J’te dis en aparté, cet échec, ça m’émeut, franchement inoubliable, pour une fois ben j’étais prête à parier mon œil, et puis le gauche encore, qu’un petit assassin, jaune ou bleu c’est pareil. Ou blanc, comme la neige, comme un cygne flamboyant et surtout innocent.

Ah mais qu’je suis pipelette ! J’ai le verbe qui coule trop, du genre un mésoscaphe, et je cause et je cause et pendant tout ce temps, mon ami, mon amant se barre à Halifax, pour faire des chinoiseries. C’est bien fait pour ma tronche, fallait être au plus près.

Jeu des mots…scions de je ne sais plus quand

ECHEC – MERCURE – HALIFAX – FLEGMATISME – COUSSIN D’AIR – TRAHISON – LUCIDITE – PARDONNER – EMOTION – LUMIERE – DECHIRURE – MORT – SURHOMME – ENCORE – ASSASSIN – CITROUILLE – EXTREME – RAPT – ENRAGE – TRANSPARENCE – LANGUE – MUETTE – CYGNE – SOURIRE – VERSATILITE – LIBERTE – INOUBLIABLE – BEAUTE – CHINOIS  - MESOSCAPHE – VILLAGE – SAVEUR – PIPELETTE – VENGEANCE – FAIBLESSE – PSYCHE – POULET – VIE – EPHEMERE – OEIL – ALCOOL – VERBE – SALE GOSSE – CHINOISERIE – COEUR – APARTE

Nb : pour les méninges sur coussin d’air, non ça c’est pas de moi, c’est dans San Antonio….dans y en avait dans les pâtes.

Organisé par L’esprit de la lettre

La télé est à nous ?

Allez, je me lance sur un sujet que je maîtrise très mal. La télé. C’est simple, ça fait dans les 30 ans que je ne la regarde que deux fois par an. Avec internet, de temps en temps, je regarde un petit reportage sur Arte ou une vieille émission sur le site de l’INA. En ce moment, Arte a fait une excellente série de reportages sur l’Afrique à l’occasion des 50 ans d’indépendance, elle est encore en ligne…

Dans mon univers, le petit écran (maintenant ils sont grands !) est donc une bête rare. Pour les employés d’Orange qui m’ont fourgué obligatoirement un abonnement télé numérique, c’est inconcevable. J’ai beau leur dire, je n’en veux pas, ils passent leur temps à me demander si j’en suis contente, si ça marche, si je veux m’abonner à je ne sais quel canal…Et bientôt, je sens que vais devoir raquer la taxe audiovisuelle, puisque le passage en numérique fera que tout le monde sera censé la regarder, cette fichue télé. Bon, je paierai pour la radio, ce sera pas volé.

Quand j’étais moins haute qu’une pomme, on regardait un peu la télé. C’était un cérémonial, sur le lit des parents. Genre une heure par semaine. Il y avait Colargol, Papotin (mon héros !), Aglaë et Sidonie, Fifi brin d’acier. Ensuite, j’ai vu L’île mystérieuse, adaptation de Jules Vernes. Ca foutait la trouille. Et aussi Michel Strogoff, du même Julot. C’est peut-être de là que m’est venu mon amour de la steppe.
Anna et le Roi. Vraiment comique, avec l’excellent Yul Brynner. Je ne captais rien de l’enjeu impérialiste. Pour l’avoir re-regardé partiellement récemment, je me suis rendue compte à quel point cette série militait – si ce n’est pour le Commonwealth – du moins pour une bonne entente entre l’Inde  et la Grande Bretagne. Que découvrirais-je aujourd’hui si je re-regardais Les mystères de l’Ouest, Les dossiers de l’écran et Aujourd’hui Madame ? Une fois ma mère y est passé pour y parler de féminisme. Vous pensez si j’étais fière ! Il y avait aussi, Le Petit Rapporteur, la seule émission que l’on regardait en famille.
En gros, c’est à ceci que se limite ma culture télévisuelle infantile.  Je me souviens aussi vaguement de Vidocq, Arsène Lupin, Les brigades du tigre, le jeune Fabre, Le passe-muraille, Les envahisseurs. Cette liste me semble déjà assez riche. Et bien, non, c’est lamentable. Je n’ai rien vu, si je m’en réfère à la liste publiée sur un site spécialisé sur la télé des années 70. Pour les nostalgiques, je recommande.

C’est qu’un jour, je devais avoir six ans, j’ai voulu déplacer la télé et j’ai poussé la lucarne, mais pas la tablette à roulette – en formica bien sûr  – où elle était posée. Les roulettes se sont coincé dans le fil, la télé est tombé. Elle est totalement cassée : je file me cacher sous mon lit. J’entends mon père monter les escaliers, il entre dans ma chambre, je m’enfonce vers le mur et…il me félicite ! Depuis ce temps là, la télé et moi, on a, comme qui dirait, divorcé. Je devrais en parler au psy ! Enfin, un peu plus tard, quand ma mère a été très malade, on l’a re-eu un peu, mais j’avais déjà bien décroché. Seules quatre émissions retenaient mon attention : La Dernière Séance, Le Cinéma de Minuit, Apostrophes et Droit de réponse.

Au Cinéma de minuit, l’animateur, Mr Patrick Brion, était un savant, sa façon de parler,  sa voix hachée et posée, était risible et fascinante. Réécouter sa voix. Il faisait des bons choix. J’y ai découvert de grands westerns. Et M. le Maudit, jamais, jamais oublié. Droit de réponse avec Polack : quelle liberté, quelle énergie ! et toutes ces engueulades enfumées. C’est enterré. A tout jamais. Apotrophes, sans mentir, je rêvais d’y passer ! Et la dernière séance, Eddy Mitchell, si sympathique, avec ses pop-corns et ses nanas, fringués à l’américaine des années 50.

A cette époque, mes parents étaient membres d’une association qui s’appelait La télé est à nous. A mon avis, cela n’a rien donné ! On a privatisé, toujours privatisé et gavé les gens de jeux, de séries de plus en plus débiles. Alors que la télé pourrait être un vecteur formidable de culture, ben c’est un assommoir.  Il y a beaucoup de gens chez laquelle elle est allumée en permanence. Plus de quatre heures par jour en moyenne, ça fout les jetons, non ?

En fait, j’ai surtout suivi l’actualité de la télévision durant mes nombreux voyages. Très peu de chambres d’hôtel sont dépourvues de la télé (tandis que les radios disparaissent à mon grand dam). Aussi, j’ai découvert Un gars et une fille dans un centre culturel français à Nijni-Novgorod. Ils s’en servaient pour apprendre la langue quotidienne aux jeunes ados francophiles du quartier. C’était osé !

Mais je m’y intéresse quand même à ce fichu écran. Parfois, j’ai l’impression d’être un peu crétine, de manquer de culture. Mais en fait, on s’en sort. La multiplicité des chaînes permet de noyer le poisson. Je connais pas les stars, je connais pas les pubs, presque pas les séries. Et alors, et alors ?

Et ce qui me plait aussi, c’est de prendre connaissance des dérives.  Comme cette fameuse émission qui défraye la chronique. Le jeu où on balance l’électricité dans le peau d’un cobaye, humain. Ce truc de folie _qu’on est capable d’électrocuter son prochain si on nous le demande – est connu depuis les années 70 dans les milieux académiques, mais comme c’est sur la télé, maintenant on le sait. Certes cette émission est à double tranchant mais ça fait réfléchir.
Hier, j’ai été obligée de me taper les infos pour le boulot. Atterrant. Reportage sur Martine Aubry, à laquelle les journalistes ne cessent de poser une question à laquelle elle n’a pas envie de répondre (ses relations avec Ségolène Royale) et ça dure dans les 3 minutes…Aucune info, aucun fond.

Donc, ce qui se regarde je le dégote sur internet  et aussi à mon excellente bibliothèque municipale. Ils ont un catalogue de films et de documentaires hallucinant ! Ah c’est pas la télé ?! Non, elle n’est pas à nous.

Clic Clac

noyade d'un arc en ciel

Raccourcir, rétrécir,
Envahir, compresser,
telles sont nos passions
Adieu va, les distances !
Englouti le silence
Effacées les étoiles
Engendrer du brouillard
La mélasse
J’en suis lasse
Oui, c’est vrai
La puissance, l’énergie
Le désir
Ne sert plus qu’à cliquer
A cliquer pour claquer

—–
Et on peut dire aussi
Tic Tac, des  or loges imposantes
ou bien en corps
Flic-Flaque, qui se passe d’adjectif …

De l’espace et des rêves

On étrangle ses rêves
Des machines
Des prisons
Des cellules numériques
L’aventure, c’est wifi
L’aventure, c’est fini

On écrabouille ses flammes
Ascenseurs et chauffage
Ignorances grosses de peurs

Elle est perdue, la steppe
L’inconnu
Le magique

On est dans les écrans
Les fils, les écouteurs
Caméras, trop d’images
Plus d’odeurs, plus de vents

Mais, désolés, nos rêves
Ont des fils et des frères
Qui bouillonnent et éclosent

Et même nos vieux rêves
Immortels, en béton
Ne font que sommeiller
Ils soulèvent une paupière
S’étirent et puis regardent
Amers et fatigués,

Nos défaites et nos flemmes

Ils regardent fascinés

Immobiles et pensifs
Une pluie sur un lac
Tout est gris, tout est eau

Ecritoire

par Annie Czarnecki

Il est fin ou épais
Blanc opale ou bleuâtre
Recyclé, et jaunâtre

Il est vieux
Abîmé, déchiré
Poussiéreux, plein d’odeurs

Ou chimique,
Très solide
Tout solide et glissant

Oublié et froissé
Ou chéri, conservé
Fait de bois, de chiffons

Très chargé, annoté
Aéré, dessiné
Enroulé ou plié

Un chemin, parchemin
Amour fou
Du papier

—————————-

Et le chantent Birkin, Dutronc et  Gainsbourg, Les petits papiers

L’heure Liberté

Coney Island, 18 août 2010

Mom,

J'ai rêvé Hudson

Et si nous partions de New York en embarquant sur un cargo ? Comme ces immigrés auxquels il ne fut pas permis de débarquer, pour cause de maladie, de solitude ou de jeunesse. Ils avaient passé de longs mois, aussi longs qu’une année, sur un ponton glissant, dans des cales bondées, bagarreuses et pouilleuses, au ventre la famine, et qui devaient reprendre la mer, pour bien vomir par-dessus bord leurs vieux lambeaux et leurs espoirs tout laminés. Non, car ceux-là sont oublié et les bateaux qui mouillent sur les quais de Battery Park ne sont plus faits que pour les touristes dans notre genre. Des qui veulent voir la Liberté. Impassible et immense. Il s’avère que pour aller visite le musée des immigrés, il aurait fallu réserver bien à l’avance. Nous faisons donc un tour aquatique longeant les bords et naviguant sur la Hudson. Mais que c’est beau ! Et puis le tour est très bien fait. Les commentaires ont été écrits par le New York Times et ils sont super chiadés. C’est toute l’histoire des immigrés et des anciens et des récents. Mais les porteurs de caméras n’écoutent pas. Et je ne capte que des instants. C’est bien dommage, c’est en hiver qu’il faut aller. Sans la furie de ce tourisme, trop visuel.

Chez eux aussi, des réunions !

En fait, notre séjour à NY a été dominé par l’inspection des animaux. Après le zoo, nous avons visité l’American Museum of Natural History. Impressionnant. Son principe est fondé sur la reconstitution des milieux naturels au milieu desquels trônent des animaux empaillés. Intéressant. Mais ce qui est quand même étrange, limite choquant c’est que toute une section est consacrée aux indiens…Non, je déconne, pas empaillés ! C’est magnifique. Avec la puce, on s’initie à leur langage. Et puis elle dit, j’ai un projet, pour ma carrière, ben j’ai trouvé, chamane veux être. Je suis très fière. Encore possible ? Je voudrai bien y croire, puisque j’ai lu L’Étrangère aux yeux bleus, de Youri Rytkhèou.

N’étant point repues du monde bestial, nous avons aussi visité l’aquarium de Brighton Beach. A vrai dire, nous n’avons pas du tout fait exprès ! Tout simplement, je ne pouvais me retirer de Brooklyn sans avoir traîné mes babouches à Little Odessa. Et bien c’est fait. Montagnes de russes, sous le métro. Peu de mélanges. Et je  demande mon chemin sans hésiter, avec l’accent. J’aurai aimé plus fouiner, plus m’imprégner, mais Babouchka, ta petite fille n’est pas encore vraiment sensible à ce genre d’explorations ethnographiques. Donc, c’est la plage et c’est très chouette.

Ils sont dingos

Immensité, population très parsemée et l’aquarium, plein de requins. Et en sortant : nouvelle surprise, c’est Luna Park.  Une installation des années 50 qui domine l’ensemble était prévue pour faire du parachute ! Elle ne fonctionne plus mais elle a été remplacé par des tonnes de manège colorés comme des bonbons acidulés, qui sont méga sophistiqués. J’veux pas monter !

Avant de quitter Big Apple, nous avons fait – eh oui bien sûr  ! – un petit tour à Time Square, lumières, lumière, à Chinatown,  poker, poker…Dans des quartiers abandonnés, où les gens fument et puis les squatts sont décorés.

Tournons la page, prenons l’avion, retour Europe, c’est si petit, si historique, si politique…

Maman chérie, d’autres voyages on en fera. Je t’écrirai, même sans adresse, toutes mes lettres te parviendront.

Et les images de notre séjour à NY, elles sont ici

Hum Hum

Alechinsky, mouvement, cobra

J’ai le cafard Na Home
C’est donc la fête
au bar Naum

Ne manque
Pas d’homme

Vas sur la Lune !

Mais bien dès fois
Un fond de rhum

J’ai dévoré encore un tome
Usé ma gomme

Ne comptes pas
Trop sur ma pomme

Ne me dis pas
Que je suis comme
Un fil amant
Voire une môme

Qui partirait toujours à Rome

Et pourquoi pas
En somme ?

Chom, chom

Nougat york

NYC,16 août 2010

Salut Bambi,

Au milieu de nulle part, dans un no man’s land, sur un parking entre Washington et New-York, il y a un russe. Il est à l’aise. Il est chez lui. On repart pour arriver sur la 5ème avenue. En sortant du bus, j’ai un putain de tournis. Où est le ciel ? Et la lumière ? La circulation automobile est constituée à 80% par ces fameux taxis jaunes. Facile donc d’embarquer pour Brooklyn. Une vitre nous sépare du chauffeur. A l’arrière, un écran nous dispense des pubs, la météo, le trajet. Chloé est fascinée. Le grand pont, arrivées. Faze nous accueille comme si nous nous étions vu avant-hier, mais cela fait vingt ans qu’on a pas fait une boum ensemble. Il est bel homme, fin, musclé, typé. Il a une tchachte pétillante.
Nous découvrons sa maison, cinq étages, en plein New York, c’est pas rien. Et la déco, l’ameublement sont au top de la mode. Agréable en fin de compte. Nous disposons d’un étage entier, avec terrasse, peaux de bêtes, salle de bain en marbre, télé…Pffu ! Des amis débarquent, ce sera la première et la dernière fois que nous boirons un coup, mais pas du rouge. Le régime de base ici, c’est du Coca Light. C’est aussi la première et la dernière fois que l’ambiance du soir sera enjouée, où nous discuterons politique, reste du monde. Sinon, c’est mode ;-(

Une pause lecture dans Central Park

Le lendemain, nous étudions le plan avec la puce, qui entreprend de photographier la carte, alors que nous nous savons ni l’une ni l’autre que cela sera le sujet du prochain best-seller de Houellebecq ! Evidemment, le premier jour à NY doit être consacré à Central Park. Pour s’y perdre en long, en large, en biais, pour y voir tous les loisirs que les citadins osent pratiquer en plein air. On apporte sa batterie, ses potes, on se fait un bœuf.  On y danse le folklore polonais. Des vieux qui se déguisent. On se fige en danseuse étoile. Il y a une chorale. Plusieurs concerts importants – dont Public Enemy s’il vous plait – se mettent en place. Et bien sûr, des vélos, des rollers, des pousse-pousse tractés par des blacks en vélo. Des yeux, je cherche le zoo, dès que j’aperçois des silhouettes étranges, je me dis, tiens ! des singes. Ah non, pardon, ce sont des gens.. Changes de lunettes ! Enfin, nous atteignons ce zoo, devenu familier à Chloé à force de visionner Madagascar. Nous oublions rapidement le dessin animé pour contempler ces drôles de bêtes, qui n’ont pas l’air si malheureuses. L’otarie s’éclate, les pingouins complotent, le tigre fait le beau, mystérieux, somptueux, les serpents friment sans avoir l’air trop menaçants. Pas de girafe, qui serait sans doute vexée par la concurrence des gratte-ciel.
Il y a beaucoup de papillotes, je veux dire, des loubavitch. Il y a sans doute aussi des juifs non religieux mais ils ne se voient pas. Tandis que ceux-là, tout de noir habillés, les jambes des femmes enfermées dans collant bien épais, comment peuvent-ils supporter ces accoutrements par 30° ?

Un bout de luxe

Nous nous dirigeons vers le MET. Je sais que Chloé n’aura pas le courage de visiter cet énorme musée, mais je veux quand même qu’elle l’aperçoive et monter sur le toit. Malheureusement, celui-ci est fermé suite à l’orage. Nous allons rejoindre Faze au magasin de bijoux, propriété de sa femme. Euh, je vous dit pas les prix…c’est West Village et elle est réputée, la dame. Ca calme, explique ceci, cela. Le luxe de la maison. Mais le quartier est pour le moins interlope. Un peu comme si on mélangeait Pigalle et la place Vendôme, vous voyez ? Pas mal de magasins d’accessoires pornographiques, beaucoup de casques de viking (c’est excitant ?) et des tenues de cuir, évidemment. Voici la nuit, l’heure à laquelle New York s’habille de toutes les lumières, de toutes les couleurs et c’est joli.

Kiss, kiss, mother

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