Coney Island, 18 août 2010
Mom,
Et si nous partions de New York en embarquant sur un cargo ? Comme ces immigrés auxquels il ne fut pas permis de débarquer, pour cause de maladie, de solitude ou de jeunesse. Ils avaient passé de longs mois, aussi longs qu’une année, sur un ponton glissant, dans des cales bondées, bagarreuses et pouilleuses, au ventre la famine, et qui devaient reprendre la mer, pour bien vomir par-dessus bord leurs vieux lambeaux et leurs espoirs tout laminés. Non, car ceux-là sont oublié et les bateaux qui mouillent sur les quais de Battery Park ne sont plus faits que pour les touristes dans notre genre. Des qui veulent voir la Liberté. Impassible et immense. Il s’avère que pour aller visite le musée des immigrés, il aurait fallu réserver bien à l’avance. Nous faisons donc un tour aquatique longeant les bords et naviguant sur la Hudson. Mais que c’est beau ! Et puis le tour est très bien fait. Les commentaires ont été écrits par le New York Times et ils sont super chiadés. C’est toute l’histoire des immigrés et des anciens et des récents. Mais les porteurs de caméras n’écoutent pas. Et je ne capte que des instants. C’est bien dommage, c’est en hiver qu’il faut aller. Sans la furie de ce tourisme, trop visuel.
En fait, notre séjour à NY a été dominé par l’inspection des animaux. Après le zoo, nous avons visité l’American Museum of Natural History. Impressionnant. Son principe est fondé sur la reconstitution des milieux naturels au milieu desquels trônent des animaux empaillés. Intéressant. Mais ce qui est quand même étrange, limite choquant c’est que toute une section est consacrée aux indiens…Non, je déconne, pas empaillés ! C’est magnifique. Avec la puce, on s’initie à leur langage. Et puis elle dit, j’ai un projet, pour ma carrière, ben j’ai trouvé, chamane veux être. Je suis très fière. Encore possible ? Je voudrai bien y croire, puisque j’ai lu L’Étrangère aux yeux bleus, de Youri Rytkhèou.
N’étant point repues du monde bestial, nous avons aussi visité l’aquarium de Brighton Beach. A vrai dire, nous n’avons pas du tout fait exprès ! Tout simplement, je ne pouvais me retirer de Brooklyn sans avoir traîné mes babouches à Little Odessa. Et bien c’est fait. Montagnes de russes, sous le métro. Peu de mélanges. Et je demande mon chemin sans hésiter, avec l’accent. J’aurai aimé plus fouiner, plus m’imprégner, mais Babouchka, ta petite fille n’est pas encore vraiment sensible à ce genre d’explorations ethnographiques. Donc, c’est la plage et c’est très chouette.
Immensité, population très parsemée et l’aquarium, plein de requins. Et en sortant : nouvelle surprise, c’est Luna Park. Une installation des années 50 qui domine l’ensemble était prévue pour faire du parachute ! Elle ne fonctionne plus mais elle a été remplacé par des tonnes de manège colorés comme des bonbons acidulés, qui sont méga sophistiqués. J’veux pas monter !
Avant de quitter Big Apple, nous avons fait – eh oui bien sûr ! – un petit tour à Time Square, lumières, lumière, à Chinatown, poker, poker…Dans des quartiers abandonnés, où les gens fument et puis les squatts sont décorés.
Tournons la page, prenons l’avion, retour Europe, c’est si petit, si historique, si politique…
Maman chérie, d’autres voyages on en fera. Je t’écrirai, même sans adresse, toutes mes lettres te parviendront.


