c’était il y a dix ans, un test pour passer l’année

Je viens de retrouver dans mes archives, un test que j’avais conçu fin décembre 2003. J’avais sans doute prévu le soumettre à la presse spécialisée. J’ai renoncé. A vous de jouer et de vous rappeler ce que vous auriez répondu en  ces temps reculés.

Vie associative

EN 2003

  1. vous avez longuement hésité entre soutenir MSF ou l’Intifada. Finalement vous avez renouvelé, navré, votre abonnement à « Pois chiches du monde entier ».
  2. Un collègue du bureau particulièrement bienveillant vous a invité à rejoindre sa chorale, vous avez accepté bien volontiers, mais seulement si on chantait du Carla Bruni
  3. Vous êtes déjà intermittent du spectacle, ça suffit comme ça
  4. Autres (précisez)

POUR 2004

  1. « Pois chiches du monde entier » vous a déçu, surtout le dossier du mois de juillet consacré aux pois chiche d’Afghanistan et qui ne mentionnait pas la variété Opiacée que vous leur aviez gentiment signalé. Vous allez renvoyer tous les numéros 2003 et demander à la rédaction un abonnement rétroactif à « Microbes et Gingembre »
  2. Vous souhaitez créer une association de soutien à M. Peveylerade, lâchement sacrifié à la raison d’État par JP Raffarin.
  3. Dès que vous aurez validé votre formation de conducteur de tramway, vous comptez militer en douce pour une association de défense des grosses cylindrées
  4. Autres (précisez)

Ambiance sonore

En 2003

  1. Toute l’année, vous vous êtes passé en boucle « C’est la fête à tante Aurore » par Fernandel, version 1932. Vous ne sauriez plus vous en passer.
  2. Le silence, la goutte du robinet, le doux frétillement des cafards, pourquoi faire compliqué ?
  3. Vous avez proposé à Star Academy qu’ils intègrent à leur répertoire, votre album favori, « couleurs et pleurs d’Albanie »
  4. autres (précisez)

En 2004

  1. Vous envisagez une version re-mastérisée de « C’est la fête à tante Aurore » mais Bertrand Cantat va-t-il accepter ?
  2. Vous avez distinctement entendu G.W. Bush émettre un son anormal lorsqu’il s’est étranglé avec son Bretzel et vous allez conduire une enquête à ce sujet
  3. L’Albanie ne fait pas partie des pays répertoriés par Star Academy, vous envisager d’organiser une mission à Tirana pour réparer cette injustice. JP Chevènement pourrait vous accompagner.
  4. autres (précisez)

Soins du corps

En 2003

  1. Vous ignoriez ce qu’est un panaris, c’est fait. Au moins, l’année 2003 n’aura pas servi à rien
  2. Vous avez rajeuni de 10 ans, vous faites des compétitions de toboggan
  3. Privé de la couverture médicale universelle, vous envisagez une inhumation prochaine au cimetière de Thiais
  4. Autres (précisez)

En 2004

  1. Qu’est-ce qu’il va encore vous arriver ? Il ne manquerait plus qu’il vous pousse une amanite tue mouche vous pousse sur le nez !
  2. Rajeunir davantage pourrait s’avérer risqué, vous n’avez aucun penchant pour les gommettes et vous avez oublié l’air de « Pomme de rainette et Pomme d’Api ».
  3. Vous faites le maximum pour atterrir à prison de la Santé, avec un peu de chances, ça peut marcher.
  4. Autres (précisez)

Vie intérieure

En 2003

  1. Lorsque vous êtes allé à la Poste, le guichet était systématiquement libre. Cela a questionné votre sur-moi, peut être êtes vous devenu différent des autres?
  2. Pour vous retrouvez avec vous-même, vous avez volontairement cassé votre portable, mais vous trouvez bien pénible de devoir transporter un téléphone fax scanner photocopieur à chaque déplacement important. (par exemple de la salle de bains au cellier, pas de bon bain sans cognac !).
  3. Toutes ces rates qui se dilatent vous rendent malades. Est-ce que les gens ne pourrait pas un peu respecter votre taciturnitude, non mais ?
  4. Autres

En 2004

  1. Vous décidez de jouer le tout pour le tout et de poser votre candidature à la direction générale des Pets et Thés. Pour ce faire, vous vous fabriquez un passé fait d’entourloupes, de casseroles et autres faillites fracassantes, cela devrait considérablement jouer en la faveur de votre candidature.
  2. Vous cherchez un nouveau modèle. Peut-être BHL ? Vous attendez qu’il sorte son prochain film avant de vous lancer.
  3. Après tout votre taciturnitude engendre une certaine lassitude. Peut-être qu’un peu de morositude par-dessus pourrait distraire votre entourage, qui sait ?
  4. autres (précisez)

RESULTATS

un maximum de 1

Quel égoïsme, quelle lâcheté ! Vous êtes un moins que rien, une crevures sans cœur, un ramassis d’ordures. Une seule solution, vous faire dalailamaliser illico presto (c’est remboursé, tarifs plus ou moins conventionnés).

un maximum de 2

C’est un autre genre de cas désespéré, moins franc du collier, cependant. Un séjour à Bagdad n’arrangerait rien à la situation. Par contre, le Tsahal pourrait vous recruter.

un maximum de 3

Et vous n’êtes pas encore président de l’ONU ! C’est un oubli regrettable. Lancez une pétition dès ce soir !

un maximum de 4

à force de vouloir jouer les originaux, vous vous attirez bien des inimitiés, mais puisque vous assumez…

un peu de tout

C’est malin, mi-ange mi-démon, ISO 9003 qui cache bien son jeu…Et vous croyez nous faire avaler ça ?

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Citation

Ecce Homo

Il a écrit bien des idioties, Friedrich Nietzsche, notamment sur les femmes, les allemands, les juifs… Mais l’extrait d’Ecce Homo que je vous livre ci-dessous me semble d’une grande lucidité et d’une sagesse profonde (sauf la dernière phrase que je copie quand même…par honnêteté.)
En ce qui concerne les suites de mon A.V.C, je n’aurais pas mieux dit. Avouez que c’est bien écrit, même si certaines expressions sont « troublantes ». J’ajouterais seulement que j’ai a tendance parfois à oublier ce qui m’est arrivé. Et je dois l’éviter. Peut-être connaissez vous cela aussi.

« Un être typiquement morbide ne deviendra jamais sain, et pourra encore moins se rendre la santé ; pour quelqu’un de typiquement sain, au contraire, le fait d’être malade peut être un stimulant énergique de vie, du « plus-vivre ». C’est en fait ainsi que m’apparaît maintenant cette longue période de maladie : je découvris pour ainsi dire la vie, y compris moi-même, avec des yeux neufs, je savourai toutes les bonnes — et même les petites — choses, comme d’autres auraient du mal à les savourer — je fis de ma volonté de santé et de vie ma philosophie… Car, qu’on y prenne bien garde : mes années de plus faible vitalité furent celles où je cessai d’être pessimiste : l’instinct de l’« autoreconstitution » m’interdisait une philosophie de la pauvreté et du découragement… Et à quoi, au fond, reconnaît-on l’ épanouissement physique ? A ce qu’un être épanoui fait du bien à nos sens ; à ce qu’il est taillé dans un bois qui est à la fois ferme, tendre et odorant. Il n’a de goût que pour ce qui lui fait du bien; son plaisir, son envie, cesse là où la mesure de ce qui convient est franchie. Il invente des remèdes contre les lésions, il exploite à son avantage les hasards malencontreux : ce qui ne le fait pas périr lui donne des forces. D’instinct, de tout ce qu’il voit, entend et vit, il amasse son propre capital : il est un principe de sélection, il élimine bien des choses. Il est toujours dans sa société bien à lui, qu’il commerce avec des livres, des hommes ou des paysages ; par son choix, il honore ce qu’il a choisit, ce qu’il admet, ce à quoi il fait confiance. A toutes sortes de sollicitations, il réagit lentement, avec cette lenteur dont une longue prudence et une fierté délibérée lui ont imposé la discipline. Bien loin d’aller au-devant d’elle, il examine attentivement la sollicitation qui se présente à lui. Il ne croit ni à la « malchance », ni à la « faute » : il vient à bout de lui-même et des autres, il sait oublier — il est assez fort pour que tout, nécessairement, tourne à son avantage. Eh bien, je suis tout le contraire d’un décadent : car c’est moi-même que je viens de décrire. »

Nb : non, je n’ai pas relu cet ouvrage pour tomber là-dessus. Non, je n’ai pas tout recopié. J’ai utilisé ceci :

http://fr.wikiquote.org/wiki/R%C3%A9silience

Inénarrable troquet

Vous devinerez peut-être quel est ce troquet. Voici un extrait de sa carte. (c’est quand même la 1ère fois de ma vie que je copie une carte !)

Les grandes heures du punch

Le matin
5h00. La mise au feu ou décollage (à jeun).
10h00 avec le casse-croûte, le gazé dont le nom provient de la substitution du soda par du rhum.
11h00, la ti goutte pour attendre le ti punch de midi.

A midi, le ti punch suivi de 50%, 20%, 5%, pourcentages censés représenter un % relativement au premier verre (en réalité, la même dose).

L’après-midi
A l’heure du Christ, le ti pape. Logique successeur du Christ. Le ti punch du soir est déjà en vue.
On trouve des ti feu, ti sec, CRS (Citron, Rhum, Sucre).
En fin de soirée, le pété pied, celui qui fait trébucher.
La partante c’est le coup de l’étrier, pour préparer le décollage du lendemain.

En fait, il n’y a pas d’heure pour les amis et tous les chemins mènent à Rhum !

Un indice : c’est dans le coin de Saint Germain des Prés.  Un conseil :  le mercredi midi, c’est trop bon !  C’est dommage quand même que je ne puisse plus picoler.

Hiver

« Ciel de brume ; la tempête tourbillonne en flocons blancs, et vient hurler comme une bête (…) ». Ces vers, tirés d’Eugène Onéguine de Pouchkine, et consacrés aux soirs d’hivers, sont parmi les plus récités de Russie. Devenu célèbre en France par les campagnes de Napoléon, le général Hiver, toujours prêt à dérouter l’envahisseur, est un élément structurant de la société russe.

Féroce car continental, il n’est pas avare en températures excessives : au mois de février, les moins 25°C sont monnaie courante en Russie européenne, tandis que la Sibérie flirte avec les moins 40°C. Un siècle et demi après la déroute de la Bérézina, les troupes allemandes connurent à leur tour l’assaut ravageur du général Hiver : en décembre 1941, par des températures de -20 ° C, les soldats russes de Sibérie, bien équipés et bien entraînées pour l’hiver, contre-attaquent aux alentours de  Moscou. Les armées allemandes, bloquées depuis quelques semaines, sont éventrées. Elles manquent d’équipement adapté. Les moteurs des chars et des avions gèlent, les soldats aussi.

Pourtant, en temps de paix, lorsque le froid est sec et que le vent ne vous arrache pas les oreilles, il est donné de survivre pourvu que vous soyez bien couverts et puissiez trouver de temps en temps un abri, pour y consommer thé ou vodka. De fait, les pauvres de Russie paient régulièrement un lourd tribut à cette saison : les décès pouvant se chiffrer par milliers si la rigueur est au rendez-vous.

Les premières neiges, qui tombent généralement dans la deuxième quinzaine d’octobre, donnent le signal du grand calfeutrage auquel se livre tout un chacun. Avec de larges rubans adhésifs, on immobilise toutes les fenêtres jusqu’au printemps : seules restent ouvrables les « fortotchkas » (vasistas) qui permettent de faire rentrer des courants d’air glacés dans des pièces généralement surchauffées. On étouffe également dans les moyens de transport, surtout dans les voitures particulières. C’est que, bien dotée en ressources naturelles, la Russie ne se pose pas encore la question des économies d’énergie. Par contre, elle a depuis longtemps résolu le problème de la conservation des fruits et légumes, en développant une impressionnante industrie du bocal accompagnée  d’un savoir-faire inégalé en matière de soupes, compotes, salaisons.

Une fois installé, l’hiver offre de multiples plaisirs : patinage, ski, luge, pêche sur la glace, roulades dans la neige au sortir du sauna, glaces à la vanille. Il magnifie le moindre paysage :  les usines ne sont plus grises, les plots offrent de tendres obstacles, les coupoles dorées des églises étincellent sous le soleil.

Les fleuves, pris dans les glaces, peuvent être traversés en automobile. Certains hivers, les grands lacs sont capables de recevoir des voies ferrées posées à même leur surface. Ces conditions extrêmes permettent des découvertes inouïes : en paléontologie (mammouths de plus de 20.000 ans), en archéologie (tribus chamanes de plusieurs siècles) ou bien encore en géologie. Ainsi, à Vostok, un des endroits le plus inhospitalier de la Terre avec ses 3500 mètres d’altitude pour une température moyenne annuelle de moins 55°C, des équipes internationales ont pu forer une carotte de glace de 3623 mètres révélant des données climatiques vieilles de  140.000 ans.

Mais la rudesse de l’hiver se fait tout autant ressentir lorsqu’arrive le printemps. Les rues et les trottoirs se transforment en ruisseaux de boue, les peintures se craquèlent, les pianos se désaccordent. Des rebords de toits menacent de tomber d’immenses stalactites de glace, qui peuvent tuer des passants imprudents. Des acrobates sont rémunérés spécialement pour débarrasser les toitures de ces véritables épées de Damoclès. Même en Iakoutie, il faut faire face au printemps : ainsi la ligne de chemin de fer Baïkal-Amour est montée sur pilotis pour remédier à l’instabilité provoquée par le dégel superficiel du permafrost.

Quant à savoir si le réchauffement climatique pourrait mettre à bas cet édifice social et culturel, les avis sont partagés. L’hiver 2006, particulièrement doux, a été pour certains, l’occasion de lancer un signal d’alarme. Il a pu semblé révoltant que plusieurs centaines d’ours ne puissent faire leur dormance hivernale en toute sérénité. Plus sérieusement, les climatologues envisagent de possibles impacts négatifs sur la couverture forestière du territoire.

Jamais à court d’idées audacieuses ou saugrenues, certains savants russes proposent de lutter contre le réchauffement climatique en dispersant  de fines gouttelettes de soufre dans la stratosphère en vue de réfléchir le rayonnement solaire.  A contre-courant, un membre de l’académie des sciences anticipe, de son côté, un important refroidissement planétaire à l’horizon 2050, suite à une baisse de luminosité du soleil.

La splendeur de l’hiver russe n’est peut être que temporairement menacée.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent