Isba

Petite maison de bois, l’isba est l’habitat traditionnel de la campagne russe. Prédominante dans les zones forestières, elle est aussi présente, à moindre densité, dans les régions de steppe ou de toundra.

L’étymologie du mot est sujette à caution : selon certains, il pourrait signifier « faite de bois », pour d’autres, il s’agit d’un refuge, puisque l’isba désigne en réalité la pièce principale de la maison qui pendant longtemps fut la seule à être chauffée.

Le choix du bois comme matériau de construction s’impose par son abondance qui le rend abordable. Mais également, le bois est considéré comme sain, facile à entretenir, peu affecté par l’humidité et facile à chauffer. L’isba est aussi aisée à construire, nécessitant la mobilisation de moins de corps de métiers. Et, avantage ultime, elle peut se construire en été, les fûts abattus en hiver étant mis à sécher jusqu’au mois de mai. Une fois les fûts appariés et taillés, on réunit une douzaine de personnes, parents ou voisins, qui prêtent main forte pour l’emboîtage des différentes parties. La fin de l’opération est évidemment l’occasion d’importantes libations villageoises.

Si plusieurs modèles ont cours (on dénombre quatre modèles de base et trois principales variantes), l’isba est généralement construite selon un schéma bien déterminé. Sa taille est limitée à huit à dix mètres de long, contrainte imposée par la longueur et la résistance des troncs. Elle est disposée légèrement en hauteur, reposant sur de grosses pierres ou des pieux de chêne, ce qui permet de facilement la soulever, soit pour la déménager, soit pour la réparer. La mobilité de l’isba a notamment permis d’importants mouvements de migration, soit pour suivre les mouvements de défrichement, soit à l’occasion d’exode rural, on bien au contraire, lors d’un retour de la ville à la campagne.

On accède à l’intérieur par un petit escalier de bois, prolongé par un perron. La première pièce dans laquelle on pénètre est le seni. Non chauffé, le seni sert de tampon thermique entre l’extérieur et l’intérieur. Ainsi, l’été on peut y dormir car il y fait meilleur. Dans son prolongement, on trouve souvent une pièce de configuration  assez similaire, le tchulan, qui sert de garde-manger ou de remise à outils. Depuis le seni, on accède à la pièce principale, l’isba proprement dite, dont la pièce maîtresse est le poêle qui – traditionnellement – occupait souvent plus du tiers de son espace. Dans cette configuration, le poêle ne sert pas uniquement à chauffer la pièce, il sert de chauffe plats, ses larges rebords permettent d’y dormir, ce qui est en général le privilège des babouchkas. Il peut aussi abriter en hiver, dans un des ses recoins, la volaille et le menu bétail. Parfois, il permet aussi d’organiser des séances de bains de vapeur, mais cette pratique relativement malsaine a été peu a peu abandonnée pour la construction de bains (banya) séparés. Le poêle est construit par un spécialiste, de manière à éviter toute ouverture superflue vers l’extérieur et de façon à minimiser les risques d’incendie. Néanmoins, avant la mise en place d’un volet mobile spécifique ou d’autres solutions telles que des conduits en brique ou en tôle, le tirage n’était pas toujours idéal et on parlait ainsi des isbas noires, enfumées et relativement mal chauffées. Le passage à des solutions plus propres donna naissance aux isbas blanches.

Le mobilier de l’isba traditionnelle est plutôt limité. De fait, le pourtour de la pièce est longé d’un banc soudé aux parois extérieures qui satisfait largement aux besoins courants. Le même principe est adopté pour les étagères. La table, elle-même, est souvent fixée au sol. Ainsi, le mobilier proprement dit se limite souvent à quelques coffres – qui renferment les pelisses, linges et dots –  et quelques tabourets. Un autre élément important de l’isba est l’angle aux icônes. Situé non loin de la table, c’est là que se célèbrent tous les évènements de la vie familiale. Avec l’enrichissement, très progressif, de la classe paysanne, apparaissent de nouvelles pratiques : à l’extérieur, les isbas des koulaks sont décorées de superbes sculptures de bois peintes, à l’intérieur, pénètrent la lampe à pétrole, puis l’électricité. Avec l’arrivée de la collectivisation, l’isba perd son rôle productif, mais connaît peu d’amélioration. Il faut attendre les années 1950 pour que des entreprises de construction se mettent à produire des isbas en série, sur la base de matériaux modernes, permettant l’agrandissement des foyers. Avec la chute de l’Union soviétique, l’isba traditionnelle revient à la mode, mais elle gagne en confort : elle se dote d’un étage, les pièces sont grandes, bien éclairées, l’eau et l’électricité sont connectées. Malgré ces modernisations, les isbas continuent de dégager un fort parfum d’herbe et de bois, si bien qu’on a toujours l’impression en y pénétrant de pousser la porte d’un été enchanté.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

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