Lomonossov Mikhaïl Vassilievitch (1711-1765)

Catherine II en visite chez M.V. Lomonossov oar Fedorov I.K.

Mikhaïl Vassilievitch Lomonossov est considéré comme le premier grand savant russe et comme le fondateur de l’Université de Moscou. Eclectique, il travailla avec génie aussi bien les sciences naturelles que la littérature, et c’est peut être à lui que les russes doivent de n’avoir jamais su dresser de cloisons étanches entre sciences et lettres.
Pourtant, rien ne destinait le jeune Lomonossov à un tel parcours. Né sur les bords de la Mer Blanche, dans la région d’Arkhangelsk, il ne reçoit officiellement pas d’autre éducation que celle que lui apporte la navigation en compagnie de son père, héritier d’une lignée de marins-pêcheurs. Mais, pris par la passion de la connaissance, il dévore les rares ouvrages qui traînent au village : grammaire, arithmétique, versification et décide bientôt qu’il ne peut se passer d’une véritable instruction.
A dix neuf ans, il part à pied pour Moscou qu’il rejoint en trois semaines. Là, se faisant passer pour fils de gentilhomme, il s’inscrit à l’université slavo-gréco-latine. Cinq ans plus tard, il rejoint l’Académie des Sciences de Saint Petersbourg, fondée quelques vingt ans plus tôt, où son amour des sciences trouve enfin à s’épanouir. Il se fait bientôt remarquer par ses brillants résultats, fruit d’un labeur acharné et bénéficie d’une bourse lui permettant d’aller étudier en Allemagne, à Marburg.
Il y rédige ses premiers travaux scientifiques, consacrés à la physique des matériaux. Il perfectionne également son allemand, et s’initie à l’apprentissage du français, sur la base desquels il entame sa réflexion sur la nécessaire modernisation de la langue russe. C’est à Freiberg, où il est envoyé pour s’initier à la métallurgie, qu’il rédige ses Lettres sur les règles de la versification russe. Mais, de tempérament colérique, il se fâche avec le professeur principal et – interdit de séjour en Russie – il s’établit en Hollande où il se marie.  En 1741, autorisé à rejoindre l’Académie, il est nommé professeur adjoint en physique puis professeur en 1745, fonction qu’il conservera jusqu’à la fin des ses jours. Nommé bientôt académicien, on lui confie toutes sortes de tâches qu’il accomplit avec bonheur et facilité : direction du collège, création du catalogue de minéralogie. Parallèlement il continue de s’intéresser à la littérature et publie en 1754 son Traité de grammaire russe.
Selon Lomonossov, la langue russe mérite d’être rendue accessible à tout un chacun car elle « a splendeur de l’espagnol, la vivacité du français, la robustesse de l’allemand, la douceur de l’italien, le tout enrichi par la force de l’imagination et la concision du grec et du latin ». Ses travaux poseront les bases de la langue russe moderne.
Actif, volontaire, curieux, il est désespéré par l’étroitesse d’esprit de ses collègues de l’Académie qui ne partagent pas sa volonté d’ouvrir et de moderniser la Russie par les sciences. C’est alors qu’il s’adresse au favori de l’impératrice Elizabeth, Chouvalov, en lui suggérant d’ouvrir une université à Moscou qui comprendrait trois facultés (Philosophie, Droit et Médecine), et qui aurait pour vocation  la formation générale des roturiers. Le projet est accepté et l’université ouvre ses portes le jour anniversaire du couronnement d’Elizabeth Petrovna.
Dans le même temps, Lomonossov ouvre une fabrique de mosaïque, conduit des expérimentations chimiques et physiques de tous ordres, se préoccupe de créer une pension pour la famille d’un des ses défunts collègues. Il s’intéresse aussi à l’industrie naissante, s’enthousiasme pour les ressources minéralogiques de la Sibérie et se lance dans la création d’un Atlas recensant les différentes richesses de la Russie, réunissant aussi bien des données géographiques qu’économiques. En 1763, il publie un manuel sur les fondements de la métallurgie qui connaît un grand succès. Il étudie aussi scrupuleusement l’histoire de la Russie, qu’il analyse et pour laquelle il propose un découpage en plusieurs périodes. Il compose également de nombreuses poésies. Sa réputation dépasse les frontières nationales : il est fait docteur honoris causa des Académies des sciences de Stockholm et de Bologne. Lomonossov s’éteint en 1765.
En matière de sciences naturelles, on peut retenir ses travaux sur la théorie cinétique des gaz, la théorie ondulatoire de la lumière, la conservation de la matière. Il fut la première personne à relater le gel du mercure et à observer l’atmosphère de Vénus pendant son passage près du Soleil.
Post-mortem, Lomonossov fut célébré par Pouchkine qui dit de lui : «  en unissant une volonté hors du commun avec une intelligence extraordinaire, il a embrassé tous les domaines de l’esprit humain ». Il fut également célébré par le régime soviétique lorsque, après-guerre, celui-ci chercha à ancrer sa légitimité dans l’histoire pré-révolutionnaire : en 1940, l’université de Moscou reçoit son nom, et en 1948, l’expédition soviétique qui découvre la dorsale océanique qui traverse l’océan Arctique baptise celle-ci du nom de Lomonossov.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

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