Prokofiev Serguei Sergueïevitch (1891-1953)

cette version est celle de mon enfance

Grâce à son génial conte musical pour enfants, Pierre et le Loup, Prokofiev est sans doute l’un des compositeurs russes les plus réputés au monde. Son œuvre est immensément riche et variée,  à l’instar de son existence, puisque Prokofiev, écrivant dès sa prime jeunesse, connu à la fois la Russie tsariste, l’exil qui suivit les premières années de la révolution puis de retour en Union Soviétique tous les diktats de la culture idéologisée.

Accompagné vers la musique par une mère amatrice de piano, Prokofiev démontre immédiatement un don musical hors du commun. A l’âge de cinq ans, il rédige sa première pièce, et se présente à l’examen d’entrée du Conservatoire de Saint Petersbourg à treize ans, avec plus d’une dizaine de compositions à son actif. Rimsky-Korskakoff membre du jury est favorablement impressionné. Il en sort avec le premier prix de piano ayant joué son premier concerto lors de l’examen final. A titre de récompense, sa mère l’envoie étudier à Londres où il rencontre Diaghilev qui lui commande son premier ballet, sur un thème « primitif », commande qu’il ne parvient à honorer mais qui donnera plus  tard les Suites Scythes. Il rentre à Saint Petersbourg à la veille du premier conflit mondial mais, n’étant pas mobilisé, il compose ardemment – dont une de ses meilleure pièces Chout – et se taille une solide réputation d’innovateur. Ses œuvres, marquées par le dynamisme et la gaîté,  le font remarquer de Lounatcharsky commissaire du peuple à l’éducation durant la première décennie soviétique.  En 1918, Prokofiev quitte la Russie soviétique, mais son exil est considéré comme temporaire. Il voyage dans les différentes capitales européennes et aux Etats-Unis où il est surtout apprécié pour ses talents pianistiques ce qui le déçoit. Parallèlement le régime soviétique, qui n’a pas encore établit d’idéologie stricte en matière musicale,  lui fait une cour insistante : on lui commande des musiques de film (Le lieutenant Kijé), des pièces officielles (Cantate pour le 20ème anniversaire de la révolution), on joue ses oeuvre (L’Amour des Trois Oranges, une de mes œuvres préférées), à Moscou il dispose d’un appartement où il séjourne régulièrement . En 1936, Prokofiev rentre définitivement en URSS, où il se sait apprécié et pense disposer de bonnes conditions pour écrire. Mais très vite, il prend la mesure des contraintes politiques que le régime fait peser sur les artistes : travaillant sur commande de l’Etat, ses œuvres subissent les aléas des retournements politiques d’avant guerre. Il travaille sur la musique du film d’Eisenstein Alexandre Nevski, mais le pacte germano-soviétique remet à plus tard la gloire de cette œuvre. Il compose un opéra Simon Kotko pour le dramaturge Meyerhold mais celui-ci est arrêté , son œuvre taxée de modernisme, inaccessible aux classes populaires.  Obligé de s’amender, il compose une cantate de Salut à Staline en 1939. Lorsque la guerre éclate, les musiciens sont mobilisés pour soutenir le moral de la patrie en danger. Prokofiev n’est pas en reste. Réfugié à Alma-Ata , il compose  un opéra Guerre et Paix et la musique d’Ivan le Terrible pour le film d’Eisenstein. Passé le court répit de l’après-guerre, les luttes idéologiques redoublent de violence. Le réalisme socialiste, imposé depuis la fin des années 30 par Jdanov à toutes les créations artistiques, trouve enfin son application dans le domaine musical, le plus difficile à cerner pour les idéologues. Un rapport du comité central de février 1948 se dit « préoccupé par les perversions formalistes, de tendance anti-démocratiques contraires au peuple soviétique et à ses goûts artistiques » de plusieurs compositeurs de renom, dont Chostakovitch et Prokofiev. Or ce dernier n’est pas en mesure de lutter : il est affaibli par une grave commotion suite à une chute faite en 1945 et son ex-femme vient d’être déportée pour la simple raison qu’étant étrangère, elle n’était pas autorisée à se marier à un russe.  Enfin, sa situation financière est si délicate que Rostropovitch s’en émeut et intervient en sa faveur auprès du tout puissant premier secrétaire de l’Union des compositeurs, Khrennikov (1913-2007). Il se plie donc à l’humiliation suprême : rédiger son auto critique qui sera rendue publique par le même Khrennikov. Ces aveux ne font que permettre à Prokofiev de survivre. Retiré à la campagne, il se consacre à ses proches et compose encore quelques œuvres de commande, mais aussi sa Septième symphonie, considérée comme l’un des plus belles et qui sera sa dernière grande œuvre. Un an plus tard, le 5 mars 1953, quelques minutes avant le décès de Staline, Prokofiev décède d’une attaque cérébrale. Son décès passe quasiment inaperçu, y compris, dans Sovietskaya Muzika, l’organe de presse spécialisé. En 1991, à l’occasion du centenaire de sa naissance, Khrennikov, qui lui a tant pourri la vie,  émet un message exprimant combien il se sentait proche « d’une des étoiles les plus brillantes du ciel des compositeurs ».

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent et légèrement revu pour cette version internet.

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