Courage, fuyons

c'est bientôt ta fête

Le lendemain, la matinée est tendue, nous sommes sur les nerfs, au pied du mur. Il nous faut choisir une issue. Jean Baptiste, mon frère, nous coache en permanence déconseillant formellement toute approche de Tbilissi, or la route qui mène en Arménie ne passe qu’à quelques kilomètres de celle-ci.
Nous finissons par joindre l’ambassade sur le portable d’une conseillère que m’a donné la correspondante du Figaro. Celle-ci s’offusque, comment ose-t-on la joindre sur son portable ? Elle me donne un numéro de l’Ambassade à nouveau injoignable. Je suis folle de rage et confie un nouvel appel à Olivier qui saura lui parler sans l’insulter. Montée sur ses grands chevaux, insistant sur l’efficacité de l’Ambassade, elle finit par avouer un « petit problème » au niveau du standard ! Olivier lui suggère, puisqu’elle est en possession d’un mobile, de se déplacer à l’intérieur de l’Ambassade pour nous mettre en contact avec la cellule de crise. On nous donne alors un rendez-vous imminent à Tbilissi pour évacuer par un avion français. Tiens donc, on évacue à présent !  Il faut dire que Kouchner vient de faire dans son froc en visite à Gori en compagnie du président géorgien. Le survol d’un aéronef inconnu et les voici évacués d’urgence, les grands hommes. Alors pourquoi pas les petits ? Il aurait peut être fallu nous prévenir !
Or, nous ne sommes pas dans un quatre étoiles de la capitale comme semble l’imaginer la conseillère, mais à trois bonnes heures de route de Tbilissi, tandis que les chars russes n’en sont à un jet de pierre. Nous expliquons à l’Ambassade que leur projet est pour nous impossible et que ce qu’il nous faut est leur soutien pour passer en Azerbaïdjan sans visa. La situation extrêmement risquée et l’évidence de notre solution nous permet de la faire adopter sans trop insister. Un message est envoyé à notre consulat de Bakou pour que nous puissions passer la frontière au lendemain matin. Nous prenons nos dispositions, négocions le trajet jusqu’à la frontière en taxi, récupérons passeports et billets, abandonnons nos « collègues » hollandais qui ont choisi la fuite via l’Arménie, goûtons un dernier dîner géorgien, qui bien que succulent, a le goût amer de l’absurdité de la guerre.

Au seuil du coucher, la mémé géorgienne passe dans les chambres, dispersant des gouttes d’eau bénie ; Olivier en fera une insomnie ! Au petit matin, nous embarquons dans la belle auto d’un chauffeur plaisantin. Traversons un village croisant en sens inverse

Ferme, très ferme en négociation

le cortège funèbre accompagnant l’enterrement d’un jeune soldat tombé au front. A la radio, on annonce la fin du conflit, « grâce » à l’intervention de Nicolas Sarkozy. Voici les dernières images que nous garderons de Géorgie.

Arrivés à la frontière, nous saluons notre guide, Gela, puis nous dirigeons à pied et sacs sur le dos en direction de la douane. On nous fait patienter deux petites heures, en nous baladant entre des propos rassurants et d’autres suggérant un passage impossible. Un nouvel appel au consulat de Bakou s’avère nécessaire. Puis finalement, on nous fait pénétrer dans la cahute des douaniers. Ils sont joviaux, nombreux, occupés à regarder les Jeux Olympiques à la télé. La question fuse : pourquoi laisser un hongrois diriger la France ? Peuvent-ils, eux aussi, azéris, se présenter ? On nous propose des baies amères cueillies dans la montagne, pleine de jus énergétique. Nous envisagions d’arrêter un camion pour rejoindre Bakou mais les turcs chauffards nous snobent. Alors, ayant appris que 600 km de steppe nous séparent de notre destination, interrogeons les douaniers sur un moyen de transport possible et rapide. Qu’à cela ne tienne, un ami, bien sûr, un ami va nous conduire. Il arrive bientôt dans une superbe Mercedes E, munie de cents klaxons pour traverser la contrée en se faisant reconnaître des amis policiers ! Je reconnais cette fameuse frontière passée douze ans plus tôt en compagnie de Trafic. Si les douaniers ont toujours moult accointances locales, le pays est transformé du tout au tout.

Suite et fin : Tout beau, tout neuf, l’Azerbaïdjan

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