Premières vibrations

Dans une vie précédente, j’ai parcouru l’ex-URSS en long et large et surtout en travers. Entre deux visites d’usines, j’ai brûlé ma couenne dans les saunas de l’Oural, collecté le marbre et le mica entre les rails du transsibérien, flâné dans les marchés bleutés de Samarkand. De tout cela rien n’est oublié. Mais parmi tous ces instants merveilleux et insolites, il en est un qui me hantait plus particulièrement jusqu’il y a peu…

Il y a onze ans de ça, j’ai passé la frontière qui sépare l’Azerbaïdjan de la Géorgie.

A vrai dire, c’était un jour maudit où les nuages épousaient la montagne en vomissant un crachin jaune et gluant. Et le passage de la frontière avait été plus qu’épique. Nous – j’étais avec mon amoureux d’alors – avions demandé au chauffeur qui nous menait de Bakou à Tbilissi de faire un petit détour par les  montagnes pour y admirer le palais de Sheki, construit au XVII ème et classé par l’UNESCO au patrimoine mondial.

ŞəkiVisiter Sheki impliquait de ne pas passer par la route principale, mais par une route de montagne, menant à..une douane de montagne…
Or, arrivés à la frontière, il s’avérât que Tafic, le chauffeur – que nous avions rapidement rebaptisé Trafic – en tant que tchétchène  n’était pas autorisé à entrer en Géorgie. Sans doute bénéficiait-il de complices à la douane principale, mais là, non. Les douaniers nous autorisaient, nous les Européens, à passer la frontière à pied…et à rejoindre Tbilissi, toujours à pied, avec les valoches :  250 km.

Ne souhaitant pas mettre à profit ce bon conseil, nous nous retournâmes : deux autochtones, proches parents des Rapetout, nous proposèrent de contourner la difficulté en passant par « la route noire », soit une piste terreuse dans la steppe en contrebas. Las !  La cabane de guingois qui servait de poste frontière, agrémentée d’une branche d’arbrisseau pour toute frontière internationale, subissait au moment de notre arrivée un contrôle des forces armées.  Nous fûmes donc arrêtés par d’accortes militaires, rendus fort suspicieux par les documents arméniens que nous transportions dans nos bagages.

Conduits dans une caserne – où l’on creusait trois tombes- puis dans une autre, nous passâmes de longues heures d’attente, avant que le commandant en chef de la région nous invite à boire un bon thé  en devisant sur la comète de Hale –Bopp dont la queue de plus de 100 millions de km de long  éclairait alors l’univers.

Sur ces courtoisies versaillaises, assuré que notre sortie n’aillait pas raviver le conflit avec l’Arménie, le commandant nous raccompagna au premier poste frontière. Des mafieux arrivent en Mercedès, passent à fond la caisse.  Les douaniers se rhabillent. Après une bonne heure d’attente – bonus –  nous passons en Géorgie, au beau milieu de la nuit, sans un lari en poche, ni savoir déchiffrer la moindre lettre de l’alphabet géorgien. Rencontre avec une écriture somptueuse, mais bien étrange…

Autant dire que la route jusqu’à Tbilissi ne fut pas exactement droite. Vers 4 heures du matin (partis de Bakou la veille au matin), notre vénéré Trafic nous abandonne au pied du Sheraton Metechi Palace Hôtel, sans avoir manqué de contrevenir au code de la route en plein Tbilissi, ce qui failli nous mener encore au poste, évité de justesse par des flics fumeurs de clopes occidentales et compatissants. En pénétrant dans le hall du palace, nous fûmes brutalement ramenés à un confort concret,  autrichien : remix de Mozart et petits chocolats soigneusement enveloppés, posés avec délicatesse au centre de l’oreiller.

La suite ? Tiflis, un jour, Tiflis toujours

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