De Vyssotski à la perestroïka : la libération par la chanson

Cet article fait partie d’un ensemble sur la musique russe, voir le début

C’est dans le registre de la chanson populaire que la contestation parvient finalement à percer. Trois noms sont à retenir : celui d’Alexandre Galitch, artiste ukrainien chantant la mémoire de Pasternak, le sort des juifs et qui fut forcé d’émigrer en 1974, celui de Boulat Okoudjava, d’origine géorgienne, fils d’ennemis du peuple et qui, au milieu d’un

vyssotski

Vyssotski, un déglingué comme je les aime

répertoire discret et mélancolique, dénonce l’ambiance guerrière, l’arbitraire, et enfin et surtout celui de Vladimir Vyssotski, acteur de théâtre populaire, devenu chanteur par hasard et par nécessité et dont la popularité atteindra des sommets.  Il chante aussi l’absurdité de la guerre et la cruauté d’un régime qui le lui rend bien. Lorsque sa voix rauque et sa guitare en colère se taisent brusquement en 1980, des milliers d’anonymes défilent devant sa dépouille. En plein milieu des Jeux Olympiques, l’événement fait tâche et constitue une bien mauvaise surprise pour les caciques du régime.
Entre la musique sous haute surveillance et la clandestinité rebelle, il reste une place – assez conséquente – pour les héritiers de la romance du 19ème siècle. Typiquement russe, ce style de variété est notamment incarné par une célébrité comme Alla Pougatcheva.

Si les bardes se sont tus, la jeunesse reprend le flambeau de la contestation avec l’apparition, également surveillée, du rock soviétique. Parmi les groupes les plus populaires on peut citer Kino, Machina Vremeni, Nautilus Pompilius, Akvarium, DDT. Les paroles, dont le rôle est prépondérant, évoquent les aspects les plus noirs de la vie soviétique : l’alcoolisme, les pénuries, les crimes, l’ennui.

parmi mes préférés

Chaque concert est un événement, les lumières s’éteignent à dix heures, le public est évacué par la police culturelle. La Perestroïka permet à ce courant de sortir de l’ombre.
Endeuillée par la mort accidentelle de Viktor Tsoï, le chanteur de Kino, vécue comme un événement national en 1991, l’affiche russe (estrada) se renouvelle rapidement.  Aujourd’hui, le monde musical russe est pour ainsi dire normalisé : tous les styles s’expriment et les groupes anglo-saxons connaissent une large audience. La musique classique, encore honorée (inauguration de la maison internationale de la musique en 2003), souffre pourtant d’une émigration importante de ses talents, notamment de ses plus grands pédagogues.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

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