Ligne de découpe

4e étage, nord

Une grande fébrilité régnait chez les Babinov. Ce soir, on recevait des invités de marque. Des étrangers. Une délégation d’Italiens, venus vendre une nouvelle ligne de découpe à l’Usine. Ils s’étaient adressés à Sergueï Babinov, ingénieur en

Beauté de l'industrie

chef. Dans la journée, Sergueï avait trimbalé les Italiens sur les différents sites. Le lendemain, les Italiens devaient formuler leurs propositions commerciales… peutêtre alléchantes… Ce repas pouvait donc changer le destin des Babinov, voire celui de l’Usine. On allait donc leur montrer ce que les Russes savaient faire en matière de dîner ! Doussia trimait depuis trois jours sur le menu. Cake au choux et à la betterave, colmaté par une abondante mayonnaise ; montagne d’oignons et de coriandre, frais et à croquer ; poissons fumés. Le tout suivi de deux plats principaux : sandre poché à l’oseille et pelmenis aux quatre viandes, baignés dans du beurre pourtant rare au magasin. Les desserts étaient également prévus en quantité et en variété : salade de fruits importés et glaces. Mais le pompon, c’était tout de même les boissons : vins moldaves, doux et pétillants, vodkas, cognacs. Autant de breuvages qui attendaient d’être follement ingurgités.
Le ciel achevait de flamboyer en silence, comme bâillonné par la neige passée et à venir. L’heure s’annonçait bleue. Serguei et les Italiens n’allaient pas tarder à arriver. Tout était prêt.

4e étage, sud

L’appartement de Tamara était vide. Définitivement ou provisoirement, difficile à dire. Tamara était une éternelle furtive. Une tête chercheuse et pourvoyeuse de produits rares, des produits de l’Ouest. Du superflu, de l’évasion sous blister : parfums et cosmétiques de pacotille, jeans bien coupés et délavés, tubes anglais et français. Les indémodables Pink Floyd, mais aussi du neuf, du Madonna, du Paradis et son taxi. Mais elle avait été dépassée par son entreprise,

Desireless

incapable de satisfaire l’énorme demande pour Voyage, Voyage, de Desireless. Elle se sentait nulle, agressée, poursuivie, détestée. Alors, peut-être « qu’au dessus des vieux volcans, elle avait glissé ses ailes sous les tapis du vent, éternellement… « 
En tous cas, elle avait laissé la radio allumée. Cette radio soviétique, qui sans relâche égrenait des rengaines officielles et des symphonies fantastiques dont on s’était lassé.

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