Piotr IllytchTchaïkovski

si sage, sérieux

1840-1893

« Quoique ses talents soient quelque peu supérieurs à la moyenne, il n’a aucune chance de faire une carrière musicale », tel est le jugement émis par un certain Rodolph Kundinger,  professeur  de piano auquel on avait confié le jeune Tchaïkovski. Piotr Illytch, alors âgé de vingt ans, se morfond, dans une ambiance à la Gogol, dans un obscur département du ministère de la Justice, où il lui arrive d’égarer par distraction les documents qui lui sont confiés.  Mais Tchaïkovski n’a cure de ce verdict : la musique sourde en lui depuis son plus jeune âge. De son enfance à Votkinsk (Oural), il garde le souvenir de longues soirées d’hiver où il se prenait à improviser sur le piano du grand domaine et revit ses insomnies durant lesquelles il s’écriait « Ah cette musique ! cette musique ! ». A Saint Petersbourg, où la famille s’est récemment établie, il est de toutes les évènements musicaux, opéras, ballets, soirées privées. Ayant fait ses adieux à la bureaucratie, il s’inscrit aux Classes musicales ouvertes en1860 (et transformées en Conservatoire en 1862) sous la houlette d’Anton Rubinstein. Il y apprend la composition, l’orchestration, le piano, la flûte et l’orgue. De condition bourgeoise – son père est grand capitaine d’industrie – Tchaïkovski ne craint pas de gagner petitement sa vie en donnant des leçons de piano dans les bonnes familles. Ses premières compositions sont vertement critiquées par Rubinstein : « ça ne vaut rien ». Timide, fragile, il observe de loin le groupe des Cinq (Balakirev, Borodine, Cui , Moussorgski et Rimski-Korsakov ; voir art. Musique) sans parvenir à se lier d’amitié avec ces musiciens sûrs d’eux, qui lui paraissent trop brutaux, novateurs.
Son caractère sombre, nostalgique ne cesse de s’affirmer, il se sent peu doué pour la vie, tente de se suicider pour rejoindre sa mère bien aimée emportée par une épidémie de choléra alors qu’il n’avait que quatorze ans.

Ni Orient, ni armes, ni esclaves

Musée dans l’Oural, frontière de l’Europe

Il parvient à s’échapper de cette ambiance pesante grâce Nicolas Rubinstein, frère d’Anton, qui le recrute en 1866 pour enseigner le piano au Conservatoire de Moscou nouvellement créé (cet établissement porte à présent son nom). Là, il prend peu à peu confiance et compose en 1869 sa première symphonie et son premier opéra « Le Voïvode » pour lequel, se distinguant de la mode du moment, il ne voulait « ni Orient, ni armes, ni esclaves ». Le compositeur, tout en s’affirmant russe et s’inspirant du folklore, ne cache pas son admiration pour les grands maîtres allemands : Mozart, Beethoven. Tandis que ses maîtres l’éreintent, le public moscovite juge ses œuvres « pas mauvaises ». En 1870, Balakirev, duquel il s’est timidement  rapproché, lui commande un poème symphonique pour la Société russe de musique. Il livre Roméo et Juliette qui remporte un grand succès lors de sa création à Moscou. A la même époque,  Tchaïkovski s’essaie à la direction d’orchestre, mort de peur, il se tient la tête de peur qu’elle ne tombe. Là encore, si l’assurance ne vient que progressivement, Tchaïkovski finira par faire de triomphales tournées à l’étranger dirigeant ses œuvres, inaugurant même le Carnegie Hall  en1891.
A compter des années 1870, Tchaïkovski compose ardemment : quittant l’appartement collectif du conservatoire, il s’installe avec son valet Aliocha et ne cesse d’aborder de nouvelles formes musicales. En 1875, son premier concerto pour piano, qu’il souhaite dédier à Nicolas Rubinstein est rejeté violemment par ce dernier qui se dit « répugné ». La même année il compose Le lac des cygnes, qui se solde également par un échec retentissant. Heureusement, Tchaïkovski trouve auprès des compositeurs occidentaux tels que Lizt, Saint Saëns, Debussy,  Bizet un accueil plus chaleureux. Et puis, il a commencé à s’endurcir, à ne plus souffrir des critiques acerbes de ses contemporains, du moins en ce qui concerne sa musique. De fait, homosexuel notoire à une époque où ce penchant pouvait conduire au bagne sibérien, il tente de s’amender et de se donner une image respectable en épousant une jeune musicienne.

Nadiejda Von « Mec » !

Ce mariage est un échec cuisant, incapable de surmonter son dégoût, Tchaïkovski se sépare d’Antonina Milioukova avec les pires difficultés et sort de ce mariage ravagé (1877). Peu de temps après, il entame une relation épistolaire avec la baronne Von Meck, veuve richissime et mélomane, qui lui promet de ne jamais exiger de lui la moindre rencontre. La baronne lui envoie des courriers passionnés et – surtout – elle le dote grassement d’une pension annuelle de 6000 roubles.  « On » rembourse discrètement les dettes qu’il ne cesse de contracter (il s’habitue très vite au luxe !), on l’invite à séjourner dans des palaces russes, italiens, parisiens. Lui compose, hors du temps, passant des œuvres dictées par son inspiration à des œuvres de commande, sans juger les secondes inférieures aux premières. Il dédie à la baronne sa Quatrième symphonie et dans de longues missives, s’explique sur ses sources d’inspiration, ses méthodes de travail, ses goûts musicaux. Cette relation  particulière s’achèvera en 1890, sur l’initiative de la baronne Von Meck finalement lassée de n’être qu’une mécène. Entre temps, Tchaïkovski s’est imposé comme parmi les meilleurs compositeurs de son temps : Eugène Onéguine est créé à Moscou en mars 1879. L’année suivante, il compose le Capriccio Italien, la célèbre Sérénade pour cordes et l’Ouverture 1812 . Un an plus tard, il dédie son superbe Trio pour piano à Nicolas Rubinstein, décédé. Il compose ensuite Manfred (1885), sa cinquième symphonie (1888). En 1889, le danseur et chorégraphe français,  Marius Petipa, qui dirige les théâtres impériaux à Saint-Pétersbourg lui commande un ballet avec comme argument La Belle au Bois Dormant . Triomphe, suivi de celui de la Dame de Pique, écrite en quelques mois. Seconde commande de Marius et ce sera Casse-Noisette, créé au théâtre Marinsky de Saint-Pétersbourg en décembre 1892. Le 6 novembre 1893, quelques jours après la création de sa symphonie « Pathétique », Tchaïkovski meurt du choléra après avoir bu de l’eau non stérilisée. Son décès est parfois, mais sans la moindre preuve, considéré un suicide lié au scandale de son homosexualité. Malgré l’abondance de concurrents notoires, Tchaïkovski reste le compositeur le plus populaire de Russie. Sans doute, parce que sa musique, souvent lyrique, reflète une personnalité hypersensible (« Quel pleurnicheur je fais ! »). Peut être aussi parce que hors des querelles idéologiques, elle est le produit d’une synthèse équilibrée entre tradition russe et canons occidentaux.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

On peut – entre autres-  écouter ce morceau que j’aime beaucoup car il passe d’un registre à l’autre avec une facilité déconcertante : Romance Opus 5

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