Rousse skie? y’a zik !

Amis non russophones, sachez qu’en russe, pour désigner la langue, on dit « rousskii iazyk ». Et puis, aussi rousse qui…
Ce que je suis frustrée de ne plus maîtriser le clavier cyrillique. D’avoir perdu mon rêve dans la toundra du temps. Hasard, nécessité. Ca peut en corps changer. Car le russe est mon aigle. Je veux vous dire ses ailes.

Au collège international, il y a des écureuils

Alors, par le début, j’essaye de commencer. Le hasard me fait choisir le russe en première langue. Je veux pas faire d’anglais, car ma mère détestait. Plus de place en allemand, je dis pour russe « ok » : c’est parce qu’il y en avait. La plupart de mes camarades de classe a choisi cette langue, un peu barbare et rare, pour contourner la carte. Aujourd’hui, de la petite dizaine, nous ne sommes plus que deux à rester des intoxs.
Je découvre alors que mon père connaît quelques mots de soviet. Il est allé là-bas pour visiter les parcs naturels, mondialement réputés, avant de créer le sien, en Haut Langue…doc. Alors, je le soule grave, répète mon premier mot. Il est très difficile. On dirait :  Zdrastvouitié ! Bonjour !
A l’époque, on apprenait sur des 75 tours, tout mous, en plastique bleu.

Le prof n’est pas très bon. Un ancien prof d’allemand. Gentil, mais sans plus d’qualités. Peut être a-t-il une maîtresse sur place, ou bien est-il espion (on est à Fontainebleau où l’OTAN a installé son centre d’analyse des blagues soviétiques !) parce que la seule chose pas mal qu’il entreprend est d’organiser un voyage. Je suis la seule à pas y aller. Mes parents sont dans la dèche : ils ont le courage d’avouer et d’assumer. Ils se sont rattrapés. Plus tard et plusieurs fois mais j’leur en voulais pas. J’avais assez compris. Et eux bien expliqué.

voila, elle lui ressemble et porte le même nom

Je tombe vraiment amoureuse du russe en changeant d’enseignant. Au lycée, la meilleure femme du monde, c’est Madame Volochine. Une babou, replète, nattes grises remontées sur la tête, et ses yeux illuminent un immense sourire. Elle est douce et brillante comme de la bonne neige. Je deviens folle du russe. Elle nous fait tout découvrir : la littérature, et puis toute la culture, et puis la société, et puis la politique. Sa propre existence d’une lignée de poètes, sa vie de dissidente. Quand j’ai le moral qui plombe, c’est elle que je réclame : elle vient sans hésiter un millième de seconde.
Le bac en poche, je n’ai qu’une seule idée : devenir prof de russe. Mes parents me paient un stage linguistique…en Italie. Ouh là, c’est du souvenir ! Je tombe amoureuse d’un jeune tout gringalet et juif bien parisien. Moi, hâtée banlieusarde, j’ai du mal à passer. C’est mon premier aveu en présence de vodka.

Raté, raté. J’échoue sévère cette hypokhâgne, quoique la prof russe soit une des rares potables, et rejoignant la fac, je m’inscris en histoire (2ème de mes dadas, grâce aux profs du lycée) me disant que pour le russe, toujours je m’arrangerai. De fait, en DEUG « littéraire », on peut suivre une langue. Je vais au Grand Palais. Prof de littérature ? Alexis Berelowitch : on est très bien servis !  Et j’y rencontre Alice, qui reste – plus de 20 ans après –  de mes meilleures amies. C’est elle qui a eu l’audace de bien vouloir partir avec moi en Caucase, au Daghestan. On en a réchappé !

c'est pas vraiment la place telle que je l'ai connue...

Niveau licence, c’est bien plus compliqué. Si tu veux faire une langue, il faut te débrouiller. Là mes parents, sympas, à fond sur les études,  acceptent de me payer un cours privé de russe…des affaires ! Ben c’est perestroïka et j’ai trouvé que ça.
Encore je réalise que mon niveau n’est pas terrible. Malgré tous mes efforts, je ne décroche pas le diplôme. Encore mes vieux qui raquent pour que je puisse repasser l’examen : c’est direction l’Union !
Sommes en 1988. Qui irait se douter que cet empire disparaîtrait si vite. Je fonce sur le Kremlin. Pravda. Depuis l’aéroport on descend l’avenue Gorki et c’est l’éblouissement et suis tourneboulée.
L’histoire va se poursuivre…iechio raz, iechio mnogo mnogo raz. Ceci veut dire, encore une fois, encore plein plein de fois. C’est le refrain tzigane des deux guitares, voyez ce que vous y voudrez et pleu-riez les paroles. Ah ! mon père me signale et il a bien raison, que iechio raz, provient de la chanson des bateliers de la Volga. Chiroko i glou…ou…ou…boko ! Large et profond.

Et donc la suite est là, ca cause très politique

Nota bene image : La place du manège était somptueuse, mais ils l’ont massacré avec un centre commercial. Il est bien fait, très chic, mais quand même un massacre. Espace trop dangereux. Commerce protège pouvoir !
Bon, ben y  faut que je scanne mes vieilles vieilles vieilles diapos.

Publicités

10 réflexions sur “Rousse skie? y’a zik !

  1. castille dit :

    La suite! Encore Hélène! On dirait un compte de fée. Tu es agréable à lire pour moi du moins. Comment dire? J’aime ton souffle. C’est ça je crois…
    J’vais à la boum de la princesse plus tard.

  2. Ce ne sera pas forcément très scientifique, mais ca vient. Un mastodonte. Je vais tenter de limiter à la langue, parce que mes expéditions dans les hôpitaux, les usines, les musées, la steppe…je traiterai à part ! Merci en tous cas pour les ans- cou-rage-ment 😉

  3. pour le concert, ce n’est que partie remise, j’en suis sûre.
    J’aime beaucoup ton épopée langagière :. Vite, la suite. Moi,
    je me souviens avec affection de mon prof de géo et de latin, Geneviève, Hillereau. Elle nous racontait les congrès de
    géographes, je me souviens d’une croisière sur le Danube, où ils parlaient tous latin pour se comprendre !

  4. Ah oui, chère tante Margot et donc tu m’as offert une grande géographie : LE Malte-Brun…une somme géographie et puis histoire aussi ! Eh bien, pour le concert, oui, je flûterai l’an prochain.

  5. pascal dit :

    Madame Volochine !!! Une personnalité extraordinaire et un monument de gentillesse. (Avec elle , les cours étaient bien autre chose que la répétition des disques en plastique mou et bleu de Mélodia). Elle arrivait à nous faire aimer le soporiphique Davidof et Pauliat (dit le  » David et Goliath »).
    Elle avait accueilli Plioutch à la fin des années 70, et nous , ses élèves, nous ne savions rien de ses engagements politiques. Une grande dame…merci à Hélène de nous en faire souvenir avec bonheur !

    • Oui, vraiment, je la vénère éternellement. Je ne me souviens pas de Davidof (sauf les cigares) et quant à son engagement politique, c’est vrai qu’elle était très discrète, mais un jour elle nous avait raconté comment elle avait traversé les frontières internes et je m’en souviens bien…je crois, j’avais compris que cela cachait quelque chose de bien plus fort. Je suis contente que tu apprécies cet hommage.

  6. Mme Volochine !!!!!!!!! Galina Fedorovna … mais … mais c’est Elle mon prof de russe à Nice, 64-65, c’est elle qui m’a suggéré de faire une licence de russe, c’est son amour du russe qu’elle nous a communiqué aux quelques rares « pèlerins » qui en avions envie … je n’en avais pas fait au lycée et pour cause d’époque, le lycée pour moi c’est 1938-45, tu vois du russe en ce temps-là !!!
    Galina Fedorovna, je lui dois mes plus chers amis à Moscou …
    ah l’émotion !
    merci Lenotchka … целую милая … tu sais le clavier cyrillique reviendrait vite si tu avais un peu de temps … merci … oh la la …

    • Incroyable ! C’est donc une déesse 😉 Je la vénérais déjà, mais là, tu me sidère.
      Oui, je sais pour le clavier russe, si je voulais, mais je me laisse un peu aller à la flemme, femme, flamme en suspens, en ce moment. Poka !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s