Rousse qui muse-hic (3)

là, il est protégé, pas comme en Sibérie !

Cauchemar : une des plus vastes expressions de mes amis, les russes, mais où ont-ils trouvé ça ? ! Terminer cet article sur mon plus grand amour. Bon, je vais essayer.
A Sciences Po, les cours de russe sont tout à fait normaux. Faut rentrer dans le rang. Tout est bien policé, mais je fais des progrès.
Après, ça commence : il faut mettre en pratique ! Avec ma chère Emma (à propos de laquelle je cause aussi ici), on monte une entreprise. On a que 23 ans, on s’en fout complètement. Fondation d’EPICA. Est Européenne de Prospectives Industrielles et Commerciales Associées. C’est mon père, pourtant pas très commerce, mais très entreprenant, (voir le parc du Haut Langue-doc) qui a trouvé ce nom. Nous, on trouve ça épique.
On commence par un tour en Pologne, où l’on choure le marché du sodium aux industriels russes. Fallait juste ramasser, car tout était bloqué. Pour causer polonais on s’arrache l’Assimil. C’est vrai que jacter russe à Varsovie ou Gdansk, n’est pas très bien venu. Mes bases en slave m’aident bien. Mais y a des faux amis. Et voilà pourquoi on mange des pâtes à la confiture (faut tout de même envisager que ça existe), puisque en polonais, confiture ça se dit comme légumes, po rousski. Merci ! Ten blondin bardzo sympatitchnyi ! [ce petit blond est bien sympa].

C'est de l'argile très pure

On enchaîne par une mission absolue fantastique. On décroche un contrat avec Beaufour Ipsen International. Faut croire ça crée des liens, et bien ca fait 20 ans et on est toujours potes, bonjour les commentaires 😉
Bref, on part en Russie pour vendre du Smecta. Vraiment vraiment pas cher, pour sauver des gamins. Là, je me spécialise dans le vocabulaire chimique et médical. Intestins, cellules entérocytes, silicium, aluminium, hydratation…Je me souviendrai toujours de mes visites des hôpitaux pédiatriques où les médecins pleuraient pour que je leur en donne. Et bien, j’en ai donné, tous les échantillons, mais pour les ventes, c’était vachement plus dur, puisque je refusais de graisser les belles pattes et d’être corps rompue. Enfin, j’apprends la vie !

Elle tourne toujours

Puis, on change de registre. On bosse pour St Gobain. Le verre, le verre, le verre. Magnifique industrie. De la lave. Visite de la verrerie ouvrière d’Albi. Historique ! Retour en Pologne. Visite des cornichons, de la vodka et de la bière. Tout est marché du verre. Vraiment sacrée mission. Et puis ils sont contents. Alors, nous re-contractent, carrément les allemands, GmbH, pour étudier le marché de la laine de verre en Russie. Tu parles comme l’isolation thermique est là-bas un marché ! En fait, ils s’en foutent un peu les russes, pétrole par les fenêtres. Tu crèves de chaud à l’intérieur ? Et bien ouvres grand la fenêtre. Fait juste moins 30 dehors !
Alors, là, je me spécialise dans le bâtiment et tout et tout. C’est carrément une bonne grosse galère et on est espionnées.

Enfin, dernière mission au titre d’EPICA, on reprend la question du sodium, pour faire alliance avec les producteurs russes, ceux qu’on avait squeezé. C’est qu’à Métaux Spéciaux, ils sont pas du tout chiens. Missions Oural et Sibérie. Le tout en plein hiver. C’est le kiff intégral. J’y vis le bleu de Klein et pris de tels saunas, plongée nue dans la neige, frictionnée au bouleau. Bon, question vocabulaire, c’est pas si difficile, on cause sel et puis chlore. Et puis n’importe quoi. On parle révolutions.
On ferme notre entreprise. Pour des tas de mauvaises et puis de bonnes raisons. En partie parce que j’ai des fourmis dans les pieds et je veux partir habiter à Moscou. Mon secours est là-bas. Je veux devenir russe que j’vous dit !!!

Je trouve un autre boulot qui consiste à créer une antenne d’une boîte de conseil à Moscou. C’est parti ! Alors, là, je fais toutes sortes de missions. Ouvrir un compte en banque, gérer les salariés. Etudes sur le chewing-gum et sur les camping-gaz. J’en passe et des meilleures. Enfin, rien n’est rentable. On s’lance dans le public. Réformes des Etats. Bref, mon vocabulaire commence à être fourni. Et puis, j’fais du piano, et je vais au théâtre, surtout les marionnettes et puis le cirque, le cirque. Tout cela me confirme que c’est là-bas qu’il faut ETRE. Et shit de schit de schit, on m’envoie à Bruxelles. C’est vraiment pas malin. J’inonde l’Iliouchine de larmes de Croque-Odile. Et au bout de quelque temps, j’finis par apprécier. Grâce à la sœur d’Alice. Et puis il y a embrouille avec la Commission Européenne. Ils sont très libéraux. Exit les socialos !

SURIKOV Vasily Ivanovich (1848-1916): A Portrait of a Minusin Tatar. 1909.

Je cherche un autre boulot. J’entre à l’université et je fais le boulot : exporter, importer des élèves, des plans de cours, des livres, des biblios, des enseignants. Monter des cursus, chercher des passerelles. J’adore, j’adore vraiment. Mais, bon il y a ma Chlof et je ne peux plus continuer à voyager autant. Je change de boulot. Alors depuis ce jour, je travaille plus en russe. Ca fait huit ans maintenant. Mais, non, je n’abandonne pas ! Fidèle, je suis, fidèle.
Je manque juste de pratique. Enfin, vous aurez compris que je suis folle du russe et puis de la Russie. L’avantage sur les amours humains, c’est qu’aimer, sans retour, une langue et un pays, c’est franchement évident. Même si la Russie capitaliste, c’est plus le même pays. On joue moins aux échecs. Me gonflent les nouveaux (t)riches, mais moins que nos bourgeois. Exubérance fait rire. Pourtant, pourtant, pourtant, question vrais senti-ments, y a eu que le tatar, l’ennemi de tous les temps !

Et puis, fort heureusement les frontières sont ouvertes. Les hôtels de mon voisinage accueillent de nombreux touristes de mon pays d’amour, curieux, cultivés, drôles. Je leur colle aux baskets. Je fourre mes deux oreilles en plein dans leurs converses. Je me délecte en douce. C’est mon côté espion.
Et puis de temps en temps, je renfourche l’oiseau. Je trébuche et sursaute. Insulte et gratifie.

Ah ! il existe encore

Nota bene :
Si j’ai eu l’envie pressante d’écrire cet article, c’est à cause de ma tante. Elle me signale que Claude Hagège, quand même pas un bouffon, au moins sur cette question, profère que le russe est la plus belle langue du monde. Pour une fois que je suis d’accord avec les autorités, il faut le signaler.
Et vous indique aussi  le propos d’un géant, je dis Lomonossov : la langue russe « a splendeur de l’espagnol, la vivacité du français, la robustesse de l’allemand, la douceur de l’italien, le tout enrichi par la force de l’imagination et la concision du grec et du latin ». Et toc !

Pourquoi ais-je fait du piano, alors que j’avais toujours dit que je détestais ca ? C’est simple, les deux appartement que j’ai occupé à Moscou, en était équipés. Le 1er, outre qu’il était entièrement tapissé de tableaux, comprenait carrément un piano à queue. Ca, ca ne s’oublie pas ! Royal. C’est comme ça qu’on dit piano à queue, en russe. Le 2ème comprenait le piano d’une concertiste qui datait de la toute fin du XIXème siècle. Magnifique art moderne. Alors, là j’ai craqué. Mais j’ai tout oublié. Mon cerveau, quel flemmard !

Au fait pour Croque, Odile. C’est mon deuxième prénom. Ma mère adorait ça. Et puis, le seul journal satyrique en Union Soviétique, il s’appelait Crocodile. C’était tout un programme.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s