Bandoeng est toujours d’actualité

Ils se voulaient non alignés !

La conférence de Bandoeng, qui s’est tenue en avril 1955,  est un moment important dans l’histoire du développement et des ses institutions car elle accéléra leur mise en place et en précisa les orientations. Les positions et revendications exprimées par les non-alignées restent aujourd’hui de forte actualité. En effet :

Les résolutions les plus « en phase » avec le Nord connurent une réponse immédiate : création d’un Fonds Spécial et d’une Société Financière Internationale.
D’autres résolutions, moins évidentes car reflétant les intérêts plus spécifiques du Tiers Monde mirent plus de temps à éclore. Ainsi de la mise en place de règles différenciées en matière de commerce international ou bien de la coopération Sud-Sud.

Analysons de plus près le contenu du communiqué final consacré au développement :

  • Le premier point sur lequel le Sud s’accorde avec le Nord est la prééminence, voire l’exclusivité, de l’attention portée aux  processus économiques. Le Sud croit également que l’assistance technique est une bonne solution.  Mais les conférenciers souhaitent  encourager, sinon privilégier, la mise en place d’une assistance technique Sud-Sud, première nouveauté de Bandoeng[1].
    Pour les pays du Sud, l’assistance technique doit prendre des formes simples : il s’agit d’échanger des experts, des projets pilotes, du matériel de documentation. Mais, fait notable, ils évoquent aussi la mise en place d’instituts de recherche et de formation nationaux et si possibles régionaux. Cette insistance que les conférenciers mettent à évoquer la recherche compense la légèreté de Truman qui avait totalement omis  la coopération scientifique.
  • Mais l’apport le plus grand sans doute de la conférence de Bandoeng est l’analyse des faiblesses du commerce extérieur des pays de la zone.  Les conférenciers appellent de leurs vœux :
  • La « stabilisation » du commerce des marchandises dans la zone, ce qui implique la nécessité d’établir des liens commerciaux multilatéraux. Ils reconnaissent cependant la possibilité de recourir à des mesures commerciales bilatérales (c’est à dire plus protectionnistes) en cas de nécessité.
  • La stabilisation des prix internationaux et la demande de marchandises essentielles. Ils proposent une action collective et l’adoption d’une ligne de conduite unifiée devant les instances du commerce international (comité pour le commerce international des marchandises de l’ONU). Ils critiquent au passage le prix des transporteurs (dont on suppose qu’ils ne sont pas du Sud) car les tarifs des compagnies sont trop souvent révisés…
  • Il en appellent enfin à la diversification des produits d’exportations et à l’évolution vers des produits manufacturés.

Comme on le sait, ces résolutions resteront longtemps lettre morte. Il fallu attendre 1964 pour la création de la CNUCED et la mise en place de mécanismes de stabilisation des prix, comme le STABEX (un accord entre l’Europe et les pays ACP qui fut aboli en 2000 lors de la signature des Accords de Cotonou ou bien encore la CAISTAB qui permettait aux agriculteurs ivoiriens d’anticiper et de stabiliser leurs revenus et qui fut démantelée en 1999).
En effet, avec la domination du libéralisme en ces années 2000, la mise en place de mécanismes de stabilisation des prix de matières premières ne sont plus d’actualité tandis que leur nécessité est soulignée par tous les experts censés du développement.
La récente évolution du prix des matières premières, notamment agricoles, est l’une des principales causes de l’enlisement des pays en voie de développement dans la dépendance envers les pays développés et risque de générer de nouvelles émeutes de la faim.

Notons également que dans son désir « d’autonomiser » le développement, Bandoeng suggère la création de Banques et de compagnies d’assurance à l’échelon national ou régional. Dix ans plus tard, ces déclarations furent suivies d’effets par la création de la Banque Africaine de développement (1964) et de la banque asiatique (1966). La Banque interaméricaine quant à elle existait dès 1954.  Mais ces banques régionales ne sont en fait que des succursales du FMI et de la Banque Mondiale.

Un peu biaisé !

En conclusion, les résolutions de la conférence afro-asiatiques auraient sans doute pu être mieux promues si les pays conférenciers avaient accepté de créer eux-mêmes des structures adéquates, ce qu’ils se refusèrent à faire . Cette volonté de ne pas créer de bloc régional peut être interprétée comme un désir de mieux s’insérer dans la communauté internationale mais aussi comme une volonté de ne pas froisser des susceptibilités différentes au sein de la zone. S’ils se déclarent non alignés, certains pays membres ont tout de même de fortes « obédiences »».

En fin de compte les pays de la conférence sont tout autant non alignés entre eux que vis-à-vis des puissances extérieures. D’ailleurs, les divergences au Sud ne se limitent pas au champ politique : l’appel à la constitution d’une ligne unifiée en matière de commerce international sous-entend que cette unité ne va pas de soit.
Donc, Bandoeng ne créé pas d’institutions propres au Sud, mais instaure un simple système d’officiers de liaisons dont le poids sera négligeable à côté du système onusien. Ceci explique en partie la difficulté de mise en place de la coopération Sud-Sud toujours fragile de nos jours. Ainsi, la seule institution spécifique au Sud et  dans la lignée de Bandoeng  sera la CNUCED,  dont l’utilité a toujours était minimisée, voire contestée alors que c’est la seule institution internationale qui pourrait faire avancer un vrai commerce équitable, ce fameux Fair Trade dont est censé s’occuper l’OMC 😉

[1] Gentlemen, habiles rhétoriciens et non dépourvus du sens des réalités,  les conférenciers de Bandoeng soulignent que l’aide extérieure « à la zone » est la bienvenue,  y compris les investissements de capitaux étrangers. Or, comme je l’ai souligné en introduction, les capitaux étrangers investis dans les pays en voie de développement sont aujourd’hui minimes par rapport aux montants envoyés par les immigrés.

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