Citation

Ecce Homo

Il a écrit bien des idioties, Friedrich Nietzsche, notamment sur les femmes, les allemands, les juifs… Mais l’extrait d’Ecce Homo que je vous livre ci-dessous me semble d’une grande lucidité et d’une sagesse profonde (sauf la dernière phrase que je copie quand même…par honnêteté.)
En ce qui concerne les suites de mon A.V.C, je n’aurais pas mieux dit. Avouez que c’est bien écrit, même si certaines expressions sont « troublantes ». J’ajouterais seulement que j’ai a tendance parfois à oublier ce qui m’est arrivé. Et je dois l’éviter. Peut-être connaissez vous cela aussi.

« Un être typiquement morbide ne deviendra jamais sain, et pourra encore moins se rendre la santé ; pour quelqu’un de typiquement sain, au contraire, le fait d’être malade peut être un stimulant énergique de vie, du « plus-vivre ». C’est en fait ainsi que m’apparaît maintenant cette longue période de maladie : je découvris pour ainsi dire la vie, y compris moi-même, avec des yeux neufs, je savourai toutes les bonnes — et même les petites — choses, comme d’autres auraient du mal à les savourer — je fis de ma volonté de santé et de vie ma philosophie… Car, qu’on y prenne bien garde : mes années de plus faible vitalité furent celles où je cessai d’être pessimiste : l’instinct de l’« autoreconstitution » m’interdisait une philosophie de la pauvreté et du découragement… Et à quoi, au fond, reconnaît-on l’ épanouissement physique ? A ce qu’un être épanoui fait du bien à nos sens ; à ce qu’il est taillé dans un bois qui est à la fois ferme, tendre et odorant. Il n’a de goût que pour ce qui lui fait du bien; son plaisir, son envie, cesse là où la mesure de ce qui convient est franchie. Il invente des remèdes contre les lésions, il exploite à son avantage les hasards malencontreux : ce qui ne le fait pas périr lui donne des forces. D’instinct, de tout ce qu’il voit, entend et vit, il amasse son propre capital : il est un principe de sélection, il élimine bien des choses. Il est toujours dans sa société bien à lui, qu’il commerce avec des livres, des hommes ou des paysages ; par son choix, il honore ce qu’il a choisit, ce qu’il admet, ce à quoi il fait confiance. A toutes sortes de sollicitations, il réagit lentement, avec cette lenteur dont une longue prudence et une fierté délibérée lui ont imposé la discipline. Bien loin d’aller au-devant d’elle, il examine attentivement la sollicitation qui se présente à lui. Il ne croit ni à la « malchance », ni à la « faute » : il vient à bout de lui-même et des autres, il sait oublier — il est assez fort pour que tout, nécessairement, tourne à son avantage. Eh bien, je suis tout le contraire d’un décadent : car c’est moi-même que je viens de décrire. »

Nb : non, je n’ai pas relu cet ouvrage pour tomber là-dessus. Non, je n’ai pas tout recopié. J’ai utilisé ceci :

http://fr.wikiquote.org/wiki/R%C3%A9silience

Et pi les psy ?

Non, je ne vais pas encore parler de psy, quoique…si, mais un peu ! Le titre de cet article est plutôt un gros jeu de mots pour parler d’un phénomène étrange nommé épilepsie.
En France environ 500 000 personnes en souffrent, et en général dans le monde, elle touche 0,5% de la population. Cette affection (c’est pas une maladie) est encore relativement méconnue. Pour les adultes, elle se déclenche souvent après un choc violent, mais il est pas mal de gens qui en sont affectés dès la naissance. Le grand mystère.
En ce qui me concerne, elle fait suite à  l’A.V.C.  Il semble que cela soit une conséquence assez fréquente si j’en juge par les forums de l’association France A.V. C.
Cet article est destiné à me soulager, à tenter d’exprimer clairement mon ressenti et à partager mon expérience avec d’autres personnes, les « affectés », leur entourage. Mon témoignage est un parmi bien d’autres que l’on peut trouver sur le site d’Epilepsie France et à la fin de l’article, je cite encore d’autres sites, médicaux et humains.
Au début, quand le neurologue m’a annoncé ce risque, je ne comprenais pas : de quoi s’agissait-il ? Et puis, je me disais peut-être une expérience et puis partager un mal avec Dostoïevski, la vache, quelle expérience !
Inconsciente que j’étais. Mon ignorance a bien duré. J’avais une bonne dose de médicaments pour prévenir les crises. Des médocs qui fatiguent, mais il faut faire avec. Et puis un jour radieux, le neurochirurgien en consultant les résultats du dernier électro-encéphalogramme m’a dit : « Bon, c’est fini, vous pouvez arrêter ».  J’étais hyper-contente : je vais avoir la pêche ! Arrêter ces médocs, ca se fait pas d’un coup, c’est vraiment progressif. Ca a pris 5 semaines. Et pof, le dernier jour, j’ai fait ma 1ère crise. Les EEG, ça voit pas tout.

Donc, j’avais eu une semaine très éprouvante. Des émotions très fortes, du bon et du moins bon. Pour le bon, j’avais participé à une petite fête. Pour le moins bon, j’en ai parlé. Un deuxième suicide au boulot. Dès le vendredi midi, j’ai ressenti une grande fatigue, suis allée me coucher en début d’après midi et j’ai dormi samedi et j’ai dormi dimanche. En me réveillant, j’étais normale et j’ai ouvert un texte, un texte pas publiable et  depuis cette crise, je n’y ai plus touché. C’est un texte trop fort qui essaie de plonger aux racines de grands maux. Alors, je le lisais et je le corrigeais. Tout d’un coup, je me suis rendue compte que je pouvais plus lire et j’ai voulu parler, parler à mon écran, lire le texte à voix haute et des syllabes incohérentes sont sorties de ma bouche. J’ai compris le danger. Je suis sortie dans la rue et j’ai plus pu marcher, j’ai arrêté un passant et je lui ai dit, avec mes dernières forces, appelles les pompiers. Quant ils sont arrivés, j’ai tourné un peu de l’œil mais j’ai encore eu l’énergie de faire une dernière chose, appuyer sur une touche pour appeler le père de ma fille, qu’il aille la chercher à son anniversaire. Il s’est pointé tout de suite, on habite à côté. Et là j’ai le trou noir. Lui, il m’a dit que j’ai rigolé quand il s’était planté en faisant une erreur pour indiquer aux pompiers la ville de ma naissance. Je ne m’en souviens pas. Je me réveille à l’hôpital, je pleure toute la nuit. Et me voilà partie pour un nouvel arrêt maladie, de trois petites semaines.
Je reprends des médocs, mais pas la même formule. C’était une bonne idée : on aménage un mix : on garde l’ancien – Keppra 500, mais le matin me voici avec une autre molécule, donnée comme Lamictal, censée moins fatiguer. Et ca doit être vrai. La différence n’est pas éclatante, mais je la sens un peu. Ce qu’il faut savoir, c’est que le changement de prescription entraîne souvent une période un peu risquée.

J’en étais ignorante, donc j’étais rassurée. Et bien non, ca reprend…Je ballade un jour, dans un bled tout paumé, quasiment désertique.  J’ai quand même repéré où est la pharmacie. Et bien gros coup de bol, je finis ma ballade, je sens des picotements, franchement pas catholiques (et on est en Bretagne !), je fonce à l’officine. Ils ne comprennent rien, le pharmacien me dit : Si vous êtes en voiture, allez voir un médecin !!!
Ca dure, je sens ma langue partir, pendant deux ou trois secondes, ça flanque une fichue trouille. Les pompiers qui arrivent. Toujours je les attends pour perdre connaissance. Le lendemain, je me réveille au CHU de Brest et on vient me chercher, comment Emma a su, je ne sais pas encore ! Mes fringues ont sacrément changé, mon pull est découpé et bien je l’ai gardé, il a une belle allure ! De retour à Paname, je vois le neurologue et je lui dis : il  faudrait que ça cesse, je pars aux USA (bonjour la prise en charge !), toute seule avec ma fille. Je ne veux pas d’histoire. Il monte un peu les doses et surtout il prescrit un médoc – l’Urbanyl – hyper puissant mais dont les effets secondaires ne sont pas très sympa – qui peut arrêter une crise si je la sens venir. Il m’a servi deux fois. Des ondes traversent mon corps et ça c’est le « bon » signe. Maintenant, je n’ai plus peur. Je ne bois plus de café bien bon, bien fort, je ne fais plus la fête. Et puis, je conduis plus. Je renonce aux ballades perdues dans la nature. Cela n’aura qu’un temps. Enfin, j’espère, j’espère. Et je mesure ma chance.

Un bon site médical, vraiment hyper  bien fait

Le site d’un monsieur, très fortement atteint, avec de très beaux textes et bourré de ressources

Ah oui, au fait les psys, à quoi ça peut servir ? Et bien à consoler, à soutenir, aider à s’accepter un peu diminué. A causer émotions. Celles d’avant, celles d’après.

J’suis une Ninja

belle Agnès...

Quand je suis sortie de l’hôpital, on me disait : « Alors ! Ca doit drôlement changer ta façon de voir la vie. » Je ne voulais pas vexer, je me disais qu’ils avaient peut-être raison, alors je disais oui, mais sans grande conviction. Je voyais pas vraiment. J’étais juste très fatiguée et je n’étais pas encore retournée dans l’arène. Plus belle, la vie sociale !

Ce n’est qu’aujourd’hui, un an après, que je commence à mesure à quel point cet accident a changé ma vie.
Je le répète, j’ai beaucoup de chance, car mes séquelles physiques sont minimes. J’ai juste perdu une bonne vision de l’œil droit, la jambe droite est un peu faiblarde. Je suis encore fatiguée et j’ai un risque épileptique avéré.  C’est pas grand-chose par rapport aux séquelles que peut laisser un A.V.C.
Mais ça me fait quand même chier. Par exemple, j’ai suivi une formation sur un logiciel très compliqué et les instructions étaient projetées en trop petit sur un écran. Je demande au formateur d’agrandir l’image. Une fois, deux fois, vingt fois. Il est sympa, il fait. Mais il faut toujours demander. La trentième fois, il a zappé et j’ai perdu le fil. Je me suis énervée et suis partie en pleurant. Alors, j’ai pensé à mon amie en fauteuil roulant.
Il faut monter des marches et  elle doit toujours demander : « Est-ce qu’il y a une rampe, un ascenseur ? ». Gonflant. Un jour, on t’oublie. Tu restes en bas et t’as plus qu’à pleurer.
J’ai donc commencé à comprendre ce qu’elle vit et ce qui vivent tous les handicapés. Pourquoi elle est partie vivre dans une ville où la plupart des transports et les bâtiments publics sont accessibles. Ceci dit, mon handicap étant invisible, ca met un peu de poivre. Obligée d’expliquer. Comme ma fatigue. Je dois me justifier toujours,. Comme le chantent si justement Les Rita Mitsouko, je suis fatiguée d’être fatiguée.

Mais le véritable « handicap » dont je commence à mesure les effets est d’ordre psychologique et …social. Je ne supporte plus les méchants, les cons, les gens qui font du mal. A moi, comme aux autres. En général, s’ils sont capables de l’un, ils le sont de l’autre.
Mon cerveau les envoie chier sans me demander d’avis raisonné. Ca sort tout seul et j’ai beau avoir identifié le phénomène, ca continue de me surprendre.
Une fois que j’ai réalisé que j’avais bel et bien envoyé chier un tel ou un tel – quelques minutes après –  j’analyse. Pour les uns, je me dis, c’est bien fait. Tu as raison. Ca c’est pour les méchants. Les méchants intelligents sont capables de comprendre pourquoi j’ai réagi comme ça. S’ils ne veulent pas comprendre, tanpis. Ceux qui sont juste un peu bêtes ou maladroits, j’essaie de rattraper le coup. Je m’excuse, je dis que c’est sorti tout seul. Que c’est de l’autodéfense. Il y aussi les narcisses, assez nombreux, qui passent leur temps à se regarder le nombril. Avant, je les supportais. C’est fini. Ils  me reprochent de ne pas assez les caresser, de ne pas dire assez fort à quel point ils sont beaux et comment et pourquoi. Moi aussi, j’aime bien me faire flatter le nombril, mais point trop n’en faut. Et dans ces cas, c’est jamais assez. Je suis fatiguée de mener des luttes sans issue.
Je veux être en relation avec des gens qui s’aiment suffisamment pour ne pas être en demande permanente d’un reflet, qui sera forcément déformé. S’ils s’aimaient « justement », cela leur donnerait plus la possibilité de faire attention aux autres.  Je sais que cela reflète chez eux une grande douleur. Mais je suis ni leur psy, ni leur souffre-douleur.
Enfin, il ne faut pas trop schématiser. La plupart des êtres humains sont des cocktails et bien heureusement, la recette peut évoluer.Je parle bien sûr des adultes.
Pour les enfants, adolescents, c’est différent. Je tolère beaucoup plus, j’essaie de faire passer les messages en douceur ou laisse couler, attendant un moment plus opportun.

Mars Observer Browse

Mais an fait, ce caractère de spontanéité, j’ l’avais déjà avant ! Avant d’être adolescente, je parlais beaucoup. Mais, ado,  j’ai vécu des horreurs et suis devenue taiseuse. C’est ce que j’explique dans C’est devenu. Je ne regrette pas cette période, car j’ai appris à observer mes congénères. Tous des cosmos, dit Saint Augustin.

Alors voilà ma spontanéité, ma franchise sont de retour et en force !  J’suis plus une gamine, je suis une Nijna, Fatal Bazooka . ll me reste à cultiver le côté tortue…

tout le monde n'arrive pas à sonner.

J’ai évolué, j’ose dire : pris de la maturité. J’assume mes cheveux blancs. Sel de la vie, de la sagesse. Je fais mieux le tri, hiérarchise. Ne dépense plus l’énergie en vain. Ce n’est pas toujours de gaîté de cœur. J’abandonne des combats quand je vois qu’ils sont perdus ou que pour les gagner, je risque de me perdre.  Je viens de lâcher le syndicat…pour lequel j’ai beaucoup donné, avalé de couleuvres, 5 ans durant. J’accepte mes limites. C’est allé trop loin. Déni de souffrance au travail, le suicide d’une collègue, ca ne peut pas passer. Mon psy a approuvé…

Ce qui est curieux, c’est le parallèle que l’on peut faire entre la rupture d’anévrisme et ma « nouvelle » personnalité. Un bouchon a sauté. Et je ne veux plus qu’il s’en reforme de nouveau. Faut que ça coule. Néanmoins, je garde un certain self-control. Je vous assure, je me retiens d’humilier, de couvrir d’injures. J’ai les idées, les mots. Mais ce serait être méchante en vain.

Ce fichu caractère me met dans des relations difficiles avec beaucoup de gens. Ceux qui m’ont connu, toute douce avant. Mais je veux assumer. Ceux qui m’aiment vraiment comprennent. Ce sont eux qui comptent. Fini les déséquilibres. Sacrifice, masochisme. Tout ça pour se faire aimer. Ce qu’on en fait des bêtises à ce compte-là. Totalement contre-productives à plus ou moins long terme.

Et puis, je dois dire que cette spontanéité ne concerne pas que des situations négatives. Il m’arrive de dire à des gens combien ils me plaisent. Direct, ils sont parfois surpris. Alors, je me reprend aussi !

un artiste si sublime

Est-ce que cela va encore changer ? Je n’en sais rien. Je suis dans le présent et je laisse venir, même si je m’inquiète un peu de couper tant de ponts. Certains méritent d’être sans doute reconstruits, mais un pont ça se construit à deux. Si j’en ai envie, je m’sens capable, je remet une pierre. En face, la pierre ne vient pas ? Alors,  je laisse tomber. Il y a d’autres rives.

Notes diverses

Etymologie : vous savez ce que veut dire hypocrite ? ca veut dire être en-dessous de la crise. Craindre les conflits. En démocratie, en amitié, en amour c’est avec des mots que l’on se « bat » : on discute, dispute ! hé ho ! et y a les jeux de mots…

Ah voilà que j’apprends qu’un tchèque ou bien slovaque, Jan Svankmajera,  dit ceci : Il est bien sur tentant de s’enfermer sur soi-même et de ne travailler qu’à l’accomplissement de son propre salut . Pour ma part je me dis toujours que ce qui me libère moi-même peut libérer aussi les autres même s’il semble que ces autres sont de moins en moins nombreux . Cet homme est un artiste qui fait de magnifique animations en pâte à modeler. En voir une.

Ninja ou samouraï ? S’âme ou rail ? s’amour aïe ?

Sur l’avant dernière photo
Il s’agit d’une photo de Jean Gaumy, prise à Pripyat, la ville la plus touchée par la catastrophe de Tchernobyl. Je la trouve magnifique. La petite fille qui n’arrive pas à sonner. Dans ce contexte et dans tant d’autres.
Jean Gaumy, est très fort…regardez !

Petit guide de survie

Un rapide aperçu de : à quoi (et comment) ai-je survécu ?

Albert Sabin

Aux mômes poliomyélites, du bourg de mon enfance,
Engoncés, torturés, mais qui voulaient fort vivre
Mais dis moi où, dis moi,
T’as mal où, c’était Lamalou
Du soleil, des sources, massif du Caroux

Aux orgies Carambar, aux saouleries Antésite,
Au courroux de l’accorte rombière qui m’voyait chourer,
Alors que c’était  l’apesanteur
qui avait empli mes poches de gamine
de sucres et de rient

Aux mobylettes qui vont trop vite, décapitent les ados
Aux crimes de l’apartheid qui pressure les têtes, comme de simples oranges

Gagner, claquer ?

Au clash de ma cousine, contre le mur d’un train
Au clash de ma cousine, cousine et amie, Catherine,
fauchée par le Sida, et son groupe Téléphone, nos parties de flipper
N’a pas eu les trois balles, le flipper fait tilt
Moi j’ai eu l’extra
Va t’en savoir pourquoi

Aux éclipses de soleil, aux fous exposant
Maladies et sexe
Aux fillettes naïves, dans la buissonnière

Août 2008, toutes sortes d'éclipses.

A la dose de cyanure, au rein artificiel,
Aux alcools planqués
Ma demi déesse, tellement fatiguée

Au cursus de BEP, visites  « psychiatrie »,
Comme dit Kamini, la vie c’est psychiatrie
Hospitalisation sous tiers, que je doit la faire

Illusion d'optique

Pour tout ça et bien non,
pas vraiment de recettes,
Suis dans la stupeur, l’ incrédulité
Devant tant d’injustices et tant de souffrances

J’passe aux stupéfiants,
Prendre les commandes et se laisser aller
Gange à la ganja, il n’y a qu’un pas.
V’là qu’c’est pas assez !
Je pars à Moscou

Rouge et beau en russe, c'est le même mot !

Là est mon secours

Envie d’immenses steppes, de congères, de vent
besoin de toundra, en argot local :  légèrement taré…
Il faut mesurer, fille d’apothicaire

Ce qu’ils ont souffert mes amis les Russes
Comme ils sont vivants !
Chauffeurs de taxi disent des poésies
Un pic de glace tombe sous mon nez
Descend des grattes-ciel et tue les passants
Au dégel, dégel
Juste un coup de chance

Tous égaux

Les morts désirées, les morts accidents
Morts entre deux,
Ils ressusciteront, mais ça prend du temps…

Passions naufragées. Il faut amputer
Que c’est moi la femme !
A moi de couper,
Couler les navires qui prenaient les eaux,
Bricole thérapies, décolle sparadraps
La gangrène n’est plus, nous voici sauvés

Et pourquoi survivre à cet AVC ?
Chance, curiosité et très entourée
Par amour pour ma Chlof, que j’veux pas quitter

le meilleur et le pire

Des emplois dingos, Machiavel, mensonges
Tous sont pas sauvés,
A Sylvie, je pense,
Qu’on a enterrée,
Une Mère courage,
Mais bien trop discrète.
Tu reviendras pas,
Sauf flash dans mes yeux.
Ca me fait si mal

Y a t-il un remède ? Pas trop radical
Que coucher des maux,
Qui  restent sous la peau

bon, je suis pas très foot, mais là...

Que deviendrais-je, en corps
Vais-je toujours survivre ?
Franchement, je ne sais pas,
J’ai la force de mes rêves, de ma fille, mes amis
Y compris d’un bon  psy !
Je m’accroche à ma flûte, je joue la panthère rose et tape sur des tambours

Mais si une comète comac
Me tombait sur la tête
Je voudrais qu’on écoute
Le jour de mon départ,
Une chanson qui dépote
I am dynamite !!!

Post-scriptum

Tout est vrai dans ce poème, évidemment. Y compris la 1ère éclipse de soleil, ver 1974…
Sinon, je donne deux « trucs » en plus : la pêche à la ligne et pour la patience et pour la science de démêler les fils, ou de casser, sans trop de regrets. Et écrire, bien sûr, écrire c’est crier !

Franchement, c’est pas avec un tel poème que j’suis prête à draguer
Pour d’la vraie
J’sèche la fête des voisins, c’est pas bonjour l’ambiance,
Mais un profond silence

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère (2)

Cet article vient compléter le précédent : Rien de ce qui est humain ne m’est étranger

Gloire à la sensualité

Etienne raconte à Emmanuel les difficultés qu’il rencontre pour commencer sa vie sexuelle. Jeune et amputé. Il parle de ces gens, un peu tarés, qui fantasment de faire l’amour avec des handicapés. Cela le dégoûte. Emmanuel, curieux, creuse le sujet. Il découvre que c’est une tendance qui existe et se revendique. Ils ont un site internet ! Certains sont tellement tarés qu’ils voudraient même se faire amputer. Enfin, c’est beaucoup de fantasmes, mais tout de même, c’est troublant.
Etienne explique qu’il est arrivé à faire l’amour avec une femme qui était aussi traumatisée. Différemment, plusieurs fois violée. Ils ont tous deux peur, ils doivent tous deux surmonter et c’est pour cela que ça marche. Pour ça qu’ils sont pleins de tendresse, libérés ils s’abandonnent. Pure sensualité.

Cinq ans de droit, combien de travers ?

On passe ensuite à la description très précise du parcours professionnel d’Etienne. Nommé juge dans un fief provincial, il subit avec succès les rites initiatiques d’une société fermée. Il évoque la pression qu’il subit pour être productif. Avoue ne pas rechigner à la tâche, aimer travailler vite, mais pas au point d’abattre les dossiers comme des troncs d’arbre. Chaque « dossier » = un individu, une famille, un cas particulier. Cela je l’ai bien connu, quand j’étais responsable de l’aide sociale.

Madame, respect

On décortique ensuite le droit lié à la question de l’endettement. Il évoque un professeur de l’ENM qui balaie d’un revers de manche le droit de la consommation. C’est un contrat, tu as signé, tu t’es fait baisé, c’est bien fait pour ta gueule, t’avais qu’à faire gaffe. Comme si les rapports de force n’existaient pas. Comme si les poids lourds du crédit respectaient  le droit. Et bien, non. La loi Scrivener n’est pas respectée. Les contrats de crédit sont bourrés de clauses abusives. Il rappelle aussi que la loi Neiertz, votée en 1989, prend enfin des dispositions pour faciliter la sortie d’endettement et son cercle vicieux. Deux lois élaborées par des femmes, plaise à la cour 😉

En avant, les Indestructibles !

ce patron là va s'en prendre une

Notons tout de même que c’est un monsieur, Philippe Florès, qui s’est emparé de tous ces instruments pour les rendre opérationnels. Notons aussi que pour cela, il a fallu qu’il se trouve des alliés clandestins au sein des organismes de crédit. Chevaux de Troie. Cela me fait penser à ma scène préférée des Indestructibles. Le super héros est transformé en assureur, donc il censé arnaquer, mais il aide une mémé à se dépêtrer. Et flanque un méga torgnole à son chef qui ne pense qu’aux associés ! J’adore ce film et surtout ce passage.

Il fait le récit des audiences, un peu comme dans les splendides films de Depardon : Délits flagrants et 10e chambre, instants d’audience.  Cela veut dire qu’il dresse des portraits plein d’humanité des pauvres jugés. Délits flagrants est particulièrement touchant.
Il y a un autre juge, très différent d’Etienne, qui est beaucoup moins juriste, mais tout aussi efficace, car vraiment impliqué. Enfin bref, chacun son style.
Il fait le distinguo entre les endettés actifs (pris dans le piège de la surconsommation) et les endettés passifs, qui s’endettent  pour survivre. Il fait la différence aussi entres les créanciers professionnels de l’arnaque et puis l’ entrepreneur, souvent petit commerçant, mis en danger par la dette non payée.

Pour la Corée du Nord

Il décrit une scène désopilante de rendez-vous entre le juge et des représentants d’une grosse boîte de crédit,  qui se termine par un trait d’humour génial d’Etienne Rigal. En forme de boutade il leur dit qu’il passe ses vacances en Corée du Nord. J’adore, c’est si rare que les gens parlent de la Corée du Nord. C’est une forme de plaidoyer comique pour la liberté et la polémique, à armes égales…

Il reste une bonne centaine de pages. Pleines de belles découvertes. Trois est un joli chiffre, j’arrive ! A y est, j’suis arrivée  : Il sait où il est

Je dédie cet article à une très grande amie, qui est en fauteuil roulant suite à sale accident. Quand j’ai le moral en berne, c’est à elle que je pense. Depuis son accident, elle a fini sa thèse de géographe dans les quartiers de Dakar, elle a fait le tour du monde et deux jolis enfants.  Et puis dans ses soirées, elle allume le dance floor ! Et tout et tout et tout. Moi, avec les p’tites séquelles, de mon gros AVC, j’ai du mal à faire face…et je commence tout juste à imaginer ce qu’elle doit endurer. Je dédie aussi cet article à un nouvel ami, aussi handicapé et tout plein de courage. Il ira loin c’est sûr. Merci, je pense à vous.

NB 1 :  L’histoire du droit et du travers, c’est du Coluche 😉

NB 2 : En regardant La double inconstance de Marivaux, je me dis que ce n’est pas le capitalisme qui a inventé la sur-consommation. C’est juste un travers..humain. Auquel résiste Arlequin.  Résiste et puis cède…Il a ses faiblesses (ripailles) et on le manipule…Génial Marivaux !