A ma flûte enchantée

Sculpture en marbre d’Antoine Coysevox. Louvre

Je suis une primitive. J’aime donc la flûte, les percussions. Sur les battement de mes pieds, de mes mains, de mon cœur, j’ai…un peu écrit ici .
Mais la flûte, c’est plus important. C’est mon souffle. Peut-être mon esprit. Mon côté grec. De bergère printanière, légendaire. Hélène. Je ne suis pas qu’une poire au chocolat, mais aussi, une, deux… Troie !
Môme, j’adorais la flûte de pan. Pan, c’est tout ! Ces latinos cuivrés, aux sourires éclatants, habillés de vives couleurs, perchés sur leurs montagnes qui nous portent plus haut.

Quand j’avais dix ans, un soir, ma mère et mon frère sont rentrés à la maison et ils ont dit : « On a un cadeau pour toi ». C’était une flûte traversière. Une Noblet, d’occcase mais qui tournait. Nous étions à Fontainebleau, je tiens moins d’un semestre au conservatoire. Elitisme et brutalité. Cela dégoûte ma mère qui me déniche une prof. privée. Une grosse dame, gentille, qui habite dans une cité, butte Monceau, en haut d’une côte très raide. J’y  vais en vélo. Pour souffler dans la flûte en arrivant…ouf ! J’ai suivi des cours avec cette dame pendant sept ans. Et puis, ça a merdé. Ma mère a été hospitalisée sérieusement à Paris et je devais passer le bac. J’ai du faire des choix. J’ai arrêté la flûte. Je peux pas dire avec regrets. Ca s’imposait.
Pourtant, je n’ai cessé d’y penser. A Moscou, j’ai fait un peu de piano. Mes appartements étaient faits pour ça, comme je le dis ici.

Je trouve ça très joli

Plusieurs années après mon retour à Paris, je m’entiche de la librairie d’Alésia, qui organise des soirées littéraires de qualité et sympathiques. Pour la fête de la musique, la géniale libraire organise une soirée et je me mets à papoter avec un voisin, qui, en cette belle journée, expose de belles photos, avec ses poésies. On discute musique. Il fait du chant, juste à côté, vraiment. Je lui parle de la flûte. Il me dit, tu devrais aller voir, il y a une prof de flûte. Le lendemain, j’y suis. Et là, mon vieux, je tombe…non, je veux dire je grimpe, enfin bref, j’hallucine. La prof est une russe, en plus de Géorgie. Que me faut-il de plus ? Une flûte qui fonctionne. La Noblet a lâché. J’avais assez  d’argent. Je vais chez Cadinot, une magnifique boutique, un très gentil monsieur. Artisan et artiste.
Le sourire que j’ai en sortant de sa boutique, ma Yamaha sous le bras…ben ça, je vous dis pas !

C’est parti. Macha comprend tout de suite que j’ai eu les plus mauvais cours de flûte que l’on puisse imaginer. Elle ne le dit pas, mais au fur et à mesure, (c’est le cas de le dire),  je comprends. La gentille dame d’Avon s’en foutait complètement. Elle n’avait pas du tout la fibre pédagogique et puis elle composait. Des trucs plutôt mal. Du moderne, pour la flûte, oui vraiment j’appréciais. Mais, pour la pédagogie, fallait juste faire les notes, un peu d’intonation. Aucun travail du souffle, et puis rien sur le rythme. Et comme moi à la base, je suis assez nerveuse, ça n’a rien donné de bon. L’air restait tout coincé. Les notes s’enfilaient, tout à fait stupidement.

une affiche polonaise, pour un grand opéra

Maintenant, ça fait trois ans que j’ai donc une vraie prof. Le son vient à sortir, et assez librement. Encore quelques efforts et les aigus viendront.  Curieux, j’assure les graves. Les médiums, c’est correct. Mais les aigus, très durs. J’y vois du symbolique.
Et ce qu’il faut savoir, c’est que pour faire un beau son, il faut aller à contresens de votre spontané. On souffle pas dans le trou. Non, non, on souffle en l’air! Avec le pli des lèvres, un coup d’menton bizarre, on vise un certain angle, un peu comme au billard, et là ça répercute et puis revient dedans. Sacré apprentissage, surtout quand on a pris un mauvais pli. Faire des conneries facile. Réparer prend du temps.

Et aussi pour le rythme, j’étais pas très au point. En danse, ça va tout seul. Je donne aucun avis. Pour jouer,  c’est pas pareil. Grâce à mon étape percussions, j’avais fait de sensibles progrès. Restait à ….comment dire. Et bien, plus l’intégrer et lire les partoches. Ca vient, assez doucement. En ce moment, je peine sur « Air » de la suite orchestrale de la suite N° 3 en Ré majeur du « petit » Monsieur Bach ! La flûte c’est très baroque.
L’air commence par une ronde allongée, lascive, puis arrivent les doubles,  les triples croches et puis revient le calme. Pour moi, beaucoup d’efforts. Mais, j’y arriverai. Macha sait bien m’aider. Toujours le bon conseil. Gloire aux bons pédagogues. Les Russes, les Géorgiens, pour ça et la musique, sont vraiment les plus forts. Enfin, c’est qu’est-ce que j’pense.
Ainsi, je continue ma fugue, mon chemin de traverse.
Aïe, Macha a consulté l’article et voici qu’elle me souffle : le fa tout allongé n’est pas du tout lascif ! C’est le chemin de croix. Alors, le pauvre Jésus, il prend ça sur le dos, il accuse le poids lourd et il monte et il monte. Cela explique le rythme. Et oui, elle a tout bon !

voilà, c'est dit : Bonheur !

Un des morceaux que je voudrai jouer, c’est « Il est cinq heures, Paris s’éveille »
Non seulement la partition de flûte y est sublime, mais aussi l’histoire de sa genèse est vraiment épatante. Ils étaient trois Jacques: Wolfsohn  qui propose à Lanzmann et Dutronc d’écrire une chanson sur Paris au tout petit matin. Ils composent le soir même et l’achèvent aux aurores. Durant l’enregistrement, ils ne sont pas satisfaits du résultat. Les arrangements sont plats. Alors, Roger Bourdin, un immense flûtiste qui travaille à côté, improvise un solo et l’affaire est bouclée ! Ben, ce Roger Bourdin, en outre d’être un des plus grands flûtiste de son époque, était, paraît-il, un homme d’une bonté et d’une gaîté époustouflantes !. Je ne l’ai pas connu, mais je l’adore très fort.

En écoutant France Culture, j’ai aussi découvert un flûtiste breton, absolument génial. Se nomme Jean Luc Thomas. Il voyage et partage. Voyez un peu son site.

Et puis j’suis tombée dingue d’Emmanuel Pahud, jeune, excellent flûtiste.

un petit coup de pipeau

Aujourd’hui, j’aurai du jouer, devant petit public, mais j’étais empechée…alors, je me rattrape.
De ce flûtiste, Emmanuel Pahud, je n’ai qu’un seul album, en duo avec une jeune harpiste japonaise, ca se nomme Beau soir, et je ne m’en lasse pas. Mes morceaux préférés sont le N° 4, de Jacques Ibert : Entr’acte et le N°10, de Vittorio Monti, Csardas. Il manque les accents parce que c’est du hongrois. Allez j’essaie ma 1ère vidéo…ah non, ca marche pas, mais voici donc le lien. Le lien, c’est essentiel !

Découvrez Rencontre avec le flûtiste Emmanuel Pahud sur Culturebox !

Percussions

Majorettes de Holque

Tout a commencé avec Nάνα Μούσχουρη, Nana Mouskouri. L’enfant au tambour. Cette chanson a été créée deux ans avant ma naissance. C’est la 1ère chanson que j’ai aimé à la folie. Voir une vidéo. Lire les paroles. Je ne savais pas que mon père avait perdu son père pendant la guerre. Est-ce que  je le sentais ?
Plus tard, j’étais fascinée par les majorettes. Leurs costumes rutilants, la marche dansée, les baguettes qui volent. Les jambes qui s’exhibent dans des collants parfaits. Je sentais bien que c’était ridicule. Surtout le chapeau. Mais j’aimais bien.

Beaucoup de temps a passé. J’aimais le rock bien rythmé. Comme Le minimum de mon grand Jacques Higelin. Des tas d’autres. Comme Violette s’il te plait. Joli batteur. Le temps a en corps passé. Et j’ai été persécutée, comme qui dirait.  J’ai pris la responsabilité d’un service d’aide sociale où les conditions de travail étaient délirantes, où je ne pouvais pas rendre le service pour lequel j’étais prête à beaucoup donner. Aider des pauvres (pas d’esprit !) à s’éduquer. Pendant des mois, j’ai bossé 70 heures par semaine. Puis Burn out. Il m’a alors semblé essentiel de faire des percussions. Je voulais taper. Sur une batterie. J’ai cherché, sans trouver. Et puis, comme pour la sculpture, l’appartement parisien semblait peu adapté.

Darbouka de luxe, joliment décorée

Je finis par trouver des cours de darbouka. J’y vais. Le lieu où se donne les cours, le centre Pouya est un petit paradis dans Paris.
Sur les bords du canal de l’Ourcq. On est comme en Iran. Tapis, calme, poésie. Le prof de darbouka ? Du loukoum ! Le groupe des apprentis me fait peur mais tanpis ! Je suis pas du tout douée. Je vais trop vite, je mélange droite et gauche. et fini par comprendre qu’il faut prendre son temps. Excellent. J’ai suivi ces cours pendant deux ans. Découvert la musique orientale et des gens charmants. Appris à maîtriser, un peu, le temps.
Je trouve aussi de quoi tâter un peu de Cajon. Je vois un musicien qui le maîtrise parfaitement. C’est un instrument  flamenco. Mais lui en joue avec une fille splendide, qui chante un mixte yiddish, très gai, très triste. Je le contacte. Il accepte de mon donner un cours, des pistes. Mais il habite un peu loin.  J’achète l’instrument, projette de faire un stage, au sud.Pas de cours sur Paris. A Toulouse, oui.

à la base, ce sont des femmes qui jouent du daf

Je découvre aussi un autre instrument oriental : le daf. Le directeur du centre Pouya en est le grand maître. Je fais une séance d’initiation, mais cet instrument est extraordinairement difficile. Trop grand pour mes petits bras, pas assez musclé. Et je n’ai plus le temps. C’est quand même le cadeau que je demande pour mes 40 ans.
Pendant la séance de formation, j’ai découvert la personnalité du musicien. Ancien communiste. Emprisonné puis chassé d’Iran, il a reconstruit sa vie sur le daf, il dort avec.  J’ai vu un de ses spectacles, avec une sorte de Jésus Christ, habillé d’un voile transparent, féminin, et il était derviche tourneur ! De la folie. Je recommande.

J’ai arrêté les percussions, car j’étais peu douée et aussi parce que j’ai trouvé une prof. de flûte à mon goût. J’avais sept ans de flûte, arrêtée pour aller voir ma mère au secteur psychiatrie de l’hôtel Dieu. Je voulais effacer cela. Bien m’en a pris. Macha est géniale, je fais beaucoup de progrès.. Elle m’apprend aussi à domestiquer le rythme. Y a encore du boulot !
Et puis tambour et flûte ont toujours fait bon ménage ! fifrelin…ratatata…

Et le toc final !
« On » me signale que cet article est trop technique. Pas assez intime. Alors, je fais le dernier toc, le dernier boum. Un silence suspendu. On lève le bras pour une dernière onde. Qui vous rentrera dans les reins. Pour moi, parler de rythme c’est personnel. Chacun le sien.  Battement du cœur. Rythme des pieds. C’est de la danse. Sensuelle. Voire un peu plus. La danse m’habite. Beat. C’est très intime. Voire impudique.

Approfondir
Voir le film le Tambour de Volker Schlöndorff. J’en crevais d’envie depuis longtemps. J’avais raison, c’est un film sublime. Un enfant qui en voit de toutes les couleurs, veut pas grandir. S’accroche à son tambour. Très dur. Très beau.

Une heure, sur les ondes

Un peu vaseuse, en ce début d’après midi. Comme souvent, je sieste en écoutant France Culture. C’est rarement décevant.

Aujourd’hui, grâce à eux, je découvre une nouvelle radio : Jet FM, la radio curieuse, comme dit son slogan. C’est un bon début !

Située dans un quartier populaire de la banlieue nantaise, Jet FM instruit et distrait les auditeurs depuis bientôt 25 ans. Elle est aussi  l’organisatrice d’un  festival, le Festival {Sonor}, dont la cinquième édition, se déroule cette année du 6 au 14 mars.

Je suggère d’écouter l’émission (donc Mégahertz du samedi 13 mars) et de vous régaler en particulier des propos de Henri Landré, programmateur musical. Ce métier m’a toujours fasciné. Je n’ai de cesse de me demander comment FIP fait pour trouver ces petits génies. Et cet Henri Landré a partagé ma curiosité ! Sauf que lui a été jusqu’au bout et a en plus pris le risque de rejoindre une radio provinciale. Chapeau.
Il évoque sa fascination enfantine pour FIP, comment il construit sa programmation, tout en subtilité, en se donnant parfois un thème, une contrainte. Un son, un mot, une rengaine.

Je suggère aussi d’écouter tout simplement l’original – Lien sur la radio.

Enfin, je précise aussi que l’émission précédente, Projection privée, qui recevait André Dussolier, était aussi ruisselante de pépites !

et donc…j’ai beaucoup aimé m’expatrier, mais une des rares choses qui me manquait (en plus des troquets et du vin), c’était Radio France. Heureusement, je captais RFI. C’est par ce genre d’expérience que l’on mesure mieux les richesses de son pays 🙂

Le gain se barre

Aquarelle de Sfar

Alors effectivement, en temps de crise économique c’est parfaitement normal : Gainsbarre est à la mode, notamment grâce au trés joli film de Joann Sfar. Un film que j’aime parce qu’il mélange réalité et imaginaire. Ce sont mes préférés. L’enfance de Gainsbourg est particulièrement réussie, avec l’apparition de Fréhel, incarnée tragi-comiquement par Yolande Moreau. Une fois qu’il a atteint la célébrité, le film devient un peu rasoir…mais c’est qu’il en avait besoin 😉

Il se trouve que mon bureau se situe à deux pas de la rue de Verneuil, où Lucien créchait. C’est une adresse qui est dans les guides touristiques. Le mur est sans arrêt tagué. Plusieurs fois par jour. Alors moi, j’ y vais et avec mon petit portable, je shoote !

Il osera toujours...

Voici l’album que j’alimente régulièrement et en prime une des plus belle photos prises sur ce mur.

Mais il y a aussi Dugain, Marc, un ancien banquier (avec un nom pareil, c’est pas un métier !), qui a fait un film que je n’ai point vu et que j’aimerai voir : Une exécution ordinaire

Ceci n’a pas grand chose à voir avec le grand Serge sauf que moi aussi j’aime sauter du coq à l’âne !