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Je suis née dans des draps
Sans plis, amidonnés

J’ai grandi dans tes draps
Parfumés et humides
Des draps où se cacher
Des draps où naviguer

J’ai aimé dans ces draps
Tissus tourneboulés
Agrippés, échappés

J’ai pleuré dans mes draps
Silencieux et patients

Debout
Dans de beaux draps
J’avancerai dans tes bras
Soit en haut, soit en bas

Je m’en fous
Tu s’ras là
Matiouchka

Clic Clac

noyade d'un arc en ciel

Raccourcir, rétrécir,
Envahir, compresser,
telles sont nos passions
Adieu va, les distances !
Englouti le silence
Effacées les étoiles
Engendrer du brouillard
La mélasse
J’en suis lasse
Oui, c’est vrai
La puissance, l’énergie
Le désir
Ne sert plus qu’à cliquer
A cliquer pour claquer

—–
Et on peut dire aussi
Tic Tac, des  or loges imposantes
ou bien en corps
Flic-Flaque, qui se passe d’adjectif …

De l’espace et des rêves

On étrangle ses rêves
Des machines
Des prisons
Des cellules numériques
L’aventure, c’est wifi
L’aventure, c’est fini

On écrabouille ses flammes
Ascenseurs et chauffage
Ignorances grosses de peurs

Elle est perdue, la steppe
L’inconnu
Le magique

On est dans les écrans
Les fils, les écouteurs
Caméras, trop d’images
Plus d’odeurs, plus de vents

Mais, désolés, nos rêves
Ont des fils et des frères
Qui bouillonnent et éclosent

Et même nos vieux rêves
Immortels, en béton
Ne font que sommeiller
Ils soulèvent une paupière
S’étirent et puis regardent
Amers et fatigués,

Nos défaites et nos flemmes

Ils regardent fascinés

Immobiles et pensifs
Une pluie sur un lac
Tout est gris, tout est eau

Ecritoire

par Annie Czarnecki

Il est fin ou épais
Blanc opale ou bleuâtre
Recyclé, et jaunâtre

Il est vieux
Abîmé, déchiré
Poussiéreux, plein d’odeurs

Ou chimique,
Très solide
Tout solide et glissant

Oublié et froissé
Ou chéri, conservé
Fait de bois, de chiffons

Très chargé, annoté
Aéré, dessiné
Enroulé ou plié

Un chemin, parchemin
Amour fou
Du papier

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Et le chantent Birkin, Dutronc et  Gainsbourg, Les petits papiers

Corps et âme

Tout à côté

Quand j’oubliais de respirer,
Je te suivais, car tu fonçais
Quand j’oubliais de boire de l’eau
Je te suivais, car tu buvais
Quand j’oubliais de discuter
Je te suivais, car tu dansais
Quand j’oubliais de manger,
Je te suivais pour dévorer

Et puis tout ça s’est fatigué
J’ai regardé au plus profond, dedans ce moi,
Et j’ai trouvé de l’air
Et j’ai trouvé de l’eau
Et rencontré une oasis
La poésie