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Je suis née dans des draps
Sans plis, amidonnés

J’ai grandi dans tes draps
Parfumés et humides
Des draps où se cacher
Des draps où naviguer

J’ai aimé dans ces draps
Tissus tourneboulés
Agrippés, échappés

J’ai pleuré dans mes draps
Silencieux et patients

Debout
Dans de beaux draps
J’avancerai dans tes bras
Soit en haut, soit en bas

Je m’en fous
Tu s’ras là
Matiouchka

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Ne vole pas dans mes ailes

Ici, dans ce pays, les usines de poulet sont totalement fermées. Elles sont parties à l’Est où l’on paie pas extrême. On a su qu’les chinois se prennent pour des surhommes. Pas la moindre faiblesse. Un cœur sans déchirure. Une langue, mais muette.  C’est facile à capter !
Alors ami chine toque ?  T’as  quitté ton  village, abruti par l’alcool, pour un brin d’liberté et tu es enfermé, tu dois donner ta vie pour des plats dégueulasses ! C’est un rapt, tu le sais, qu’elle finit par te dire, ta courageuse psyché, pas totalement fauchée.
Depuis que t’as compris, tu fais le sale gosse, tu arrêtes de sourire, tu veux d’la transparence, sur les marges, sur les prix. Tu deviens enragé, pris de lucidité. C’est trop pour les dirlos. Du poulet sans saveur, ils vont le faire ailleurs. Ouais, c’était éphémère. On s’en fout, on trahit. Oui, on est versatiles et en plus flegmatiques !
Tu concocte une vengeance : ils boiraient du mercure, ce serait une sale mort, sans beauté, sans lumière. Mais ta pauvre personne court d’échec en échec. T’es prêt à pardonner. Mais quelle citrouille tu fais ! Où t’as mis tes méninges ? Elles sont sur coussin d’air ?
J’te dis en aparté, cet échec, ça m’émeut, franchement inoubliable, pour une fois ben j’étais prête à parier mon œil, et puis le gauche encore, qu’un petit assassin, jaune ou bleu c’est pareil. Ou blanc, comme la neige, comme un cygne flamboyant et surtout innocent.

Ah mais qu’je suis pipelette ! J’ai le verbe qui coule trop, du genre un mésoscaphe, et je cause et je cause et pendant tout ce temps, mon ami, mon amant se barre à Halifax, pour faire des chinoiseries. C’est bien fait pour ma tronche, fallait être au plus près.

Jeu des mots…scions de je ne sais plus quand

ECHEC – MERCURE – HALIFAX – FLEGMATISME – COUSSIN D’AIR – TRAHISON – LUCIDITE – PARDONNER – EMOTION – LUMIERE – DECHIRURE – MORT – SURHOMME – ENCORE – ASSASSIN – CITROUILLE – EXTREME – RAPT – ENRAGE – TRANSPARENCE – LANGUE – MUETTE – CYGNE – SOURIRE – VERSATILITE – LIBERTE – INOUBLIABLE – BEAUTE – CHINOIS  – MESOSCAPHE – VILLAGE – SAVEUR – PIPELETTE – VENGEANCE – FAIBLESSE – PSYCHE – POULET – VIE – EPHEMERE – OEIL – ALCOOL – VERBE – SALE GOSSE – CHINOISERIE – COEUR – APARTE

Nb : pour les méninges sur coussin d’air, non ça c’est pas de moi, c’est dans San Antonio….dans y en avait dans les pâtes.

Organisé par L’esprit de la lettre

La télé est à nous ?

Allez, je me lance sur un sujet que je maîtrise très mal. La télé. C’est simple, ça fait dans les 30 ans que je ne la regarde que deux fois par an. Avec internet, de temps en temps, je regarde un petit reportage sur Arte ou une vieille émission sur le site de l’INA. En ce moment, Arte a fait une excellente série de reportages sur l’Afrique à l’occasion des 50 ans d’indépendance, elle est encore en ligne…

Dans mon univers, le petit écran (maintenant ils sont grands !) est donc une bête rare. Pour les employés d’Orange qui m’ont fourgué obligatoirement un abonnement télé numérique, c’est inconcevable. J’ai beau leur dire, je n’en veux pas, ils passent leur temps à me demander si j’en suis contente, si ça marche, si je veux m’abonner à je ne sais quel canal…Et bientôt, je sens que vais devoir raquer la taxe audiovisuelle, puisque le passage en numérique fera que tout le monde sera censé la regarder, cette fichue télé. Bon, je paierai pour la radio, ce sera pas volé.

Quand j’étais moins haute qu’une pomme, on regardait un peu la télé. C’était un cérémonial, sur le lit des parents. Genre une heure par semaine. Il y avait Colargol, Papotin (mon héros !), Aglaë et Sidonie, Fifi brin d’acier. Ensuite, j’ai vu L’île mystérieuse, adaptation de Jules Vernes. Ca foutait la trouille. Et aussi Michel Strogoff, du même Julot. C’est peut-être de là que m’est venu mon amour de la steppe.
Anna et le Roi. Vraiment comique, avec l’excellent Yul Brynner. Je ne captais rien de l’enjeu impérialiste. Pour l’avoir re-regardé partiellement récemment, je me suis rendue compte à quel point cette série militait – si ce n’est pour le Commonwealth – du moins pour une bonne entente entre l’Inde  et la Grande Bretagne. Que découvrirais-je aujourd’hui si je re-regardais Les mystères de l’Ouest, Les dossiers de l’écran et Aujourd’hui Madame ? Une fois ma mère y est passé pour y parler de féminisme. Vous pensez si j’étais fière ! Il y avait aussi, Le Petit Rapporteur, la seule émission que l’on regardait en famille.
En gros, c’est à ceci que se limite ma culture télévisuelle infantile.  Je me souviens aussi vaguement de Vidocq, Arsène Lupin, Les brigades du tigre, le jeune Fabre, Le passe-muraille, Les envahisseurs. Cette liste me semble déjà assez riche. Et bien, non, c’est lamentable. Je n’ai rien vu, si je m’en réfère à la liste publiée sur un site spécialisé sur la télé des années 70. Pour les nostalgiques, je recommande.

C’est qu’un jour, je devais avoir six ans, j’ai voulu déplacer la télé et j’ai poussé la lucarne, mais pas la tablette à roulette – en formica bien sûr  – où elle était posée. Les roulettes se sont coincé dans le fil, la télé est tombé. Elle est totalement cassée : je file me cacher sous mon lit. J’entends mon père monter les escaliers, il entre dans ma chambre, je m’enfonce vers le mur et…il me félicite ! Depuis ce temps là, la télé et moi, on a, comme qui dirait, divorcé. Je devrais en parler au psy ! Enfin, un peu plus tard, quand ma mère a été très malade, on l’a re-eu un peu, mais j’avais déjà bien décroché. Seules quatre émissions retenaient mon attention : La Dernière Séance, Le Cinéma de Minuit, Apostrophes et Droit de réponse.

Au Cinéma de minuit, l’animateur, Mr Patrick Brion, était un savant, sa façon de parler,  sa voix hachée et posée, était risible et fascinante. Réécouter sa voix. Il faisait des bons choix. J’y ai découvert de grands westerns. Et M. le Maudit, jamais, jamais oublié. Droit de réponse avec Polack : quelle liberté, quelle énergie ! et toutes ces engueulades enfumées. C’est enterré. A tout jamais. Apotrophes, sans mentir, je rêvais d’y passer ! Et la dernière séance, Eddy Mitchell, si sympathique, avec ses pop-corns et ses nanas, fringués à l’américaine des années 50.

A cette époque, mes parents étaient membres d’une association qui s’appelait La télé est à nous. A mon avis, cela n’a rien donné ! On a privatisé, toujours privatisé et gavé les gens de jeux, de séries de plus en plus débiles. Alors que la télé pourrait être un vecteur formidable de culture, ben c’est un assommoir.  Il y a beaucoup de gens chez laquelle elle est allumée en permanence. Plus de quatre heures par jour en moyenne, ça fout les jetons, non ?

En fait, j’ai surtout suivi l’actualité de la télévision durant mes nombreux voyages. Très peu de chambres d’hôtel sont dépourvues de la télé (tandis que les radios disparaissent à mon grand dam). Aussi, j’ai découvert Un gars et une fille dans un centre culturel français à Nijni-Novgorod. Ils s’en servaient pour apprendre la langue quotidienne aux jeunes ados francophiles du quartier. C’était osé !

Mais je m’y intéresse quand même à ce fichu écran. Parfois, j’ai l’impression d’être un peu crétine, de manquer de culture. Mais en fait, on s’en sort. La multiplicité des chaînes permet de noyer le poisson. Je connais pas les stars, je connais pas les pubs, presque pas les séries. Et alors, et alors ?

Et ce qui me plait aussi, c’est de prendre connaissance des dérives.  Comme cette fameuse émission qui défraye la chronique. Le jeu où on balance l’électricité dans le peau d’un cobaye, humain. Ce truc de folie _qu’on est capable d’électrocuter son prochain si on nous le demande – est connu depuis les années 70 dans les milieux académiques, mais comme c’est sur la télé, maintenant on le sait. Certes cette émission est à double tranchant mais ça fait réfléchir.
Hier, j’ai été obligée de me taper les infos pour le boulot. Atterrant. Reportage sur Martine Aubry, à laquelle les journalistes ne cessent de poser une question à laquelle elle n’a pas envie de répondre (ses relations avec Ségolène Royale) et ça dure dans les 3 minutes…Aucune info, aucun fond.

Donc, ce qui se regarde je le dégote sur internet  et aussi à mon excellente bibliothèque municipale. Ils ont un catalogue de films et de documentaires hallucinant ! Ah c’est pas la télé ?! Non, elle n’est pas à nous.

Clic Clac

noyade d'un arc en ciel

Raccourcir, rétrécir,
Envahir, compresser,
telles sont nos passions
Adieu va, les distances !
Englouti le silence
Effacées les étoiles
Engendrer du brouillard
La mélasse
J’en suis lasse
Oui, c’est vrai
La puissance, l’énergie
Le désir
Ne sert plus qu’à cliquer
A cliquer pour claquer

—–
Et on peut dire aussi
Tic Tac, des  or loges imposantes
ou bien en corps
Flic-Flaque, qui se passe d’adjectif …

De l’espace et des rêves

On étrangle ses rêves
Des machines
Des prisons
Des cellules numériques
L’aventure, c’est wifi
L’aventure, c’est fini

On écrabouille ses flammes
Ascenseurs et chauffage
Ignorances grosses de peurs

Elle est perdue, la steppe
L’inconnu
Le magique

On est dans les écrans
Les fils, les écouteurs
Caméras, trop d’images
Plus d’odeurs, plus de vents

Mais, désolés, nos rêves
Ont des fils et des frères
Qui bouillonnent et éclosent

Et même nos vieux rêves
Immortels, en béton
Ne font que sommeiller
Ils soulèvent une paupière
S’étirent et puis regardent
Amers et fatigués,

Nos défaites et nos flemmes

Ils regardent fascinés

Immobiles et pensifs
Une pluie sur un lac
Tout est gris, tout est eau