Djalal a bad

vais-je la terminer ?

Cet article vient compléter tu es pierre. J’y parle d’une lune en marbre, que je n’ai jamais terminée car la pierre est trop dure. Gravée dans une petite plaque d’un joli marbre gris, que j’ai rapporté de Kirghizie. Je ne me souvenais pas du nom du site d’extraction. L’actualité, si triste, des affrontements inter-ethniques, que je m’en vais commenter ci-dessous, me l’a fait revenir. En pleine face. Face de lune, que j’ai voulu trop dure. Elle est pourtant si tendre.  Et le nom est si doux, il invite à la danse, aux roses et aux fontaines :  Djalalabad. Oui-da, j’y suis passée.
Cette pierre, je l’ai négocié dans un cimetière de Bichkek, la capitale kirghize, rapportée au milieu de mes dossiers de consultante européenne. Bichkek,  soviétiquement Frounze. Révolutionnaire, moldave du Turkestan.

Je ne peux oublier le passage auprès de Djalalabad, dans la vallée de Ferghana, qui forme l’essentiel du trajet conduisant de Bichkek à Tashkent. J’ai rarement vu une vallée aussi belle, elle a  imprimé mes pupilles. Milliards de fleurs minuscules dans la steppe, flottant sous une brise, chevaux en liberté, montagnes claires et fières. Neige, aigles, torrents et failles. Les habitants sont pauvres. Trainants et pacifiques, le long de la poussière. Et beaucoup de corbeaux. Qui volent très très bas et des qui sont bien morts, tombés sur le côté de la route, à l’envers. Comme dans la chanson de Gotainer, Trois vieux papis.

La montagne sacrée de Sulamain-Too – classée par l’UNESCO

Prise de becs non loin de l’Ouz bec qui s’tend
Alors, que penser de ces affrontements ethniques  ? Je ne parle que de mon expérience, je laisse de côté les recherches que j’entreprends habituellement pour appuyer mes propos.
Ce qui est sûr, c’est que le Khirgizstan et l’Ouzbekistan vivent deux cultures assez distinctes. Les ouzbeks sont très fins, fiers et cruels, déterminés. Ils vivent en grande partie sur leur gloire passée. Il y eut Gengis Khan, mais surtout Tamerlan. Il y eut d’immenses poètes, mathématiciens, astronomes, architectes. La route de la soie, Samarkand, Boukhara, Khiva. Il y a de quoi être fier ! Quand j’ai visité ce pays, il était le seul à résister ouvertement au marché, la monnaie n’était pas convertible, les prix étaient contrôlés. En fait, tout était contrôlé ! Il y avait des plus (pas de misère éclatante, le premier ministre était une petite femme tout fine, mais sacrément décidée qui m’avait fort impressionné) et ses moins : adieu la liberté ! Et dire que j’y étais pour préparer une éventuelle entrée dans l’Organisation Mondiale du Commerce. En fait, le projet avait été squatté par l’US-Aid, qui s’intéressait de très près à la question coton…Quelle générosité !

c’est la fête !

L’ambiance était toute différente en Khirgizie, qui bien que de culture turque aussi, vivait plus sur l’espoir d’un avenir radieux que sur un grand passé. Sont beaucoup plus discrets. Le pays est fort riche, de minerai, d’eau, de projets. Les habitants semblaient plus calmes, plus doux que les Ouzbeks, mais beaucoup plus ouvertement corrompus.
Les points communs de ces pays, outre l’ex-soviétisme, étaient un intérêt modéré pour la religion, malgré le voisinage de l’Afghanistan, le caractère stratégique de leurs frontières pour les grandes puissances. Le fait d’avoir été sur la route de la soie, et à présent, sur la route de la drogue.
Il faut dire aussi que la tension entre Ouzbeks et Khirgizes s’était déjà manifestée :  le pogrom de Och, en 1990, a été l’un des premiers et rares conflits inter ethniques marquant la fin de l’URSS. 300 morts. Les russes se vantent encore aujourd’hui d’avoir mis fin au conflit rapidement. Et le voici qui ressurgit ! La lune de la paix.
Il me semble que derrière tout cela, comme la plupart du temps, il y a certes des différences culturelles, des divergences d’intérêt, mais surtout des inégalités économiques sérieuses, générant des jalousies exploitées par des intérêts, hautement stratégiques, d’acteurs tout autres (Russie, USA, combattants afghans, trafiquants) que ceux de la population qui s’étripe.

Nb : un ami qui connaît fort bien la région, précise le propos en m’indiquant que le cynisme poutinien fait des émules au Khirgystan, plus il y a de troubles, plus se justifie un régime fort avec violence légitime de « légitime défense ». Donc, on est bien d’accord. Les intérêts des populations n’a rien à voir dedans. Au contraire.

Pour approfondir

Evidemment, lire Les Cavaliers, du grand Joseph Kessel. Voir Bouzkachi, le chant des steppes, un film tout récent et très original. Qui mélange tradition et modernité. Cruautés, concurrence et pastels d’un des plus célèbre affichiste polonais, Stasys-Eidrigevicius.
Pour une série de témoignages, de vécus, par des occidentaux et des locaux, voir le blog « Sur les routes d’Asie Centrale » de Sylvie Lasserre, une grande passionnée de musique, de culture, de gastronomie et qui fait de superbes photos, celle de la vallée par exemple.
Et pour un aperçu intéressant de la situation politique et économique en Khirgizie, juste avant ce conflit, un article du blog de Bertrand Renouvin, un royaliste original, descendant d’un immense historien des relations internationales, pas totalement idiot.

Pour se moquer de moi
C’est sur cette route entre Bichkek et Tashkent, que j’ai eu l’unique occasion de conduire une Audi, une vraie de vraie. J’ai beaucoup aimé me sentir la reine du monde au volant de ce bolide, blindant travers la steppe. Cela fait beaucoup rire mon frère et mes neveux quand je leur dit que si j’ai une voiture, ce sera une Audi, alors que je ne voyage qu’à pied…et en transports communs 😉

Mes photos

tant de bleus

Ici vous trouverez photos de Samarkand, absolument sublime
Là, mes photos de Bichkek, c’est une lutte pour les femmes ! Et puis là, c’est Tashkent, pleine de tapis volants.

Pour finir, voici donc cette chanson sur les corbeaux qui volent à l’envers et me fait bien penser à la sagesse orientale des retraités des steppes

Trois vieux papis tout vermoulus
Sur un très vieux banc tout moussu
Parlaient de la pluie et du temps.

Par ici la terre est très dure
Disait l’Arthur
Même les corbeaux volent à l’envers
Pour ne point voir la misère.

Et ta soeur elle vole à l’endroit
Répondit le Prosper
Un oiseau ça doit planer droit
C’est marqué dans le dictionnaire.

Un coup je lance ma casquette
Un coup je vais la rechercher
Lâcha le Dédé
Y’a les ceusses qui rient quand ils pètent
Et ceusses que l’oignon fait pleurer.

un pote en ciel de bon papy

Trois vieilles branches toutes tordues
Sur un très vieux banc tout moussu
Papotaient pour se faire du vent.

Il n’y a point d’amour qui dure
Disait l’Arthur
Ça vous met le coeur en calanche
L’amour c’est pas toujours dimanche.

T’as donc pas connu la Lulu
Répondit le Prosper
Tu vois toujours tout en austère
Remémore-toi donc son joufflu.

L’amour c’est un peu la galère
Mais il y fait bon ramer
Lâcha le Dédé
L’amour c’est juste un poil amer
C’est du bonbon acidulé.

Trois vieux bandits encore poilus
Entre le vert et le chenu
Se racontaient le French Cancan.
Y’avait l’Arthur
Y’avait le Dédé
Y’avait le Prosper.

La vie c’est pas de la confiture
Disait l’Arthur
C’est dur
Des fois j’en mangerai mon galure.

Tu dors comme tu fais ta litière
Répondit le Prosper
Plutôt que bouloter ta visière
Ben, t’as qu’à manger du camembert.

C’est pas que je m’ennuie, mais je me fais chier
Disait le Dédé
Oyé
Vous me gonflez, je m’en vas rentrer pour souper.

Trois vieux papis sous un platane
Les deux mains sur le pommeau de la canne
Le seul pépé, c’était le Dédé
Oyé
Les deux pépères c’étaient l’Arthur
L’Arthur et le Prosper
Oyère

Trois vieux papis
Trois papis papotaient
Papotaient pour se faire du vent.

Et voir la vidéo

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Rousse qui muse-hic (3)

là, il est protégé, pas comme en Sibérie !

Cauchemar : une des plus vastes expressions de mes amis, les russes, mais où ont-ils trouvé ça ? ! Terminer cet article sur mon plus grand amour. Bon, je vais essayer.
A Sciences Po, les cours de russe sont tout à fait normaux. Faut rentrer dans le rang. Tout est bien policé, mais je fais des progrès.
Après, ça commence : il faut mettre en pratique ! Avec ma chère Emma (à propos de laquelle je cause aussi ici), on monte une entreprise. On a que 23 ans, on s’en fout complètement. Fondation d’EPICA. Est Européenne de Prospectives Industrielles et Commerciales Associées. C’est mon père, pourtant pas très commerce, mais très entreprenant, (voir le parc du Haut Langue-doc) qui a trouvé ce nom. Nous, on trouve ça épique.
On commence par un tour en Pologne, où l’on choure le marché du sodium aux industriels russes. Fallait juste ramasser, car tout était bloqué. Pour causer polonais on s’arrache l’Assimil. C’est vrai que jacter russe à Varsovie ou Gdansk, n’est pas très bien venu. Mes bases en slave m’aident bien. Mais y a des faux amis. Et voilà pourquoi on mange des pâtes à la confiture (faut tout de même envisager que ça existe), puisque en polonais, confiture ça se dit comme légumes, po rousski. Merci ! Ten blondin bardzo sympatitchnyi ! [ce petit blond est bien sympa].

C'est de l'argile très pure

On enchaîne par une mission absolue fantastique. On décroche un contrat avec Beaufour Ipsen International. Faut croire ça crée des liens, et bien ca fait 20 ans et on est toujours potes, bonjour les commentaires 😉
Bref, on part en Russie pour vendre du Smecta. Vraiment vraiment pas cher, pour sauver des gamins. Là, je me spécialise dans le vocabulaire chimique et médical. Intestins, cellules entérocytes, silicium, aluminium, hydratation…Je me souviendrai toujours de mes visites des hôpitaux pédiatriques où les médecins pleuraient pour que je leur en donne. Et bien, j’en ai donné, tous les échantillons, mais pour les ventes, c’était vachement plus dur, puisque je refusais de graisser les belles pattes et d’être corps rompue. Enfin, j’apprends la vie !

Elle tourne toujours

Puis, on change de registre. On bosse pour St Gobain. Le verre, le verre, le verre. Magnifique industrie. De la lave. Visite de la verrerie ouvrière d’Albi. Historique ! Retour en Pologne. Visite des cornichons, de la vodka et de la bière. Tout est marché du verre. Vraiment sacrée mission. Et puis ils sont contents. Alors, nous re-contractent, carrément les allemands, GmbH, pour étudier le marché de la laine de verre en Russie. Tu parles comme l’isolation thermique est là-bas un marché ! En fait, ils s’en foutent un peu les russes, pétrole par les fenêtres. Tu crèves de chaud à l’intérieur ? Et bien ouvres grand la fenêtre. Fait juste moins 30 dehors !
Alors, là, je me spécialise dans le bâtiment et tout et tout. C’est carrément une bonne grosse galère et on est espionnées.

Enfin, dernière mission au titre d’EPICA, on reprend la question du sodium, pour faire alliance avec les producteurs russes, ceux qu’on avait squeezé. C’est qu’à Métaux Spéciaux, ils sont pas du tout chiens. Missions Oural et Sibérie. Le tout en plein hiver. C’est le kiff intégral. J’y vis le bleu de Klein et pris de tels saunas, plongée nue dans la neige, frictionnée au bouleau. Bon, question vocabulaire, c’est pas si difficile, on cause sel et puis chlore. Et puis n’importe quoi. On parle révolutions.
On ferme notre entreprise. Pour des tas de mauvaises et puis de bonnes raisons. En partie parce que j’ai des fourmis dans les pieds et je veux partir habiter à Moscou. Mon secours est là-bas. Je veux devenir russe que j’vous dit !!!

Je trouve un autre boulot qui consiste à créer une antenne d’une boîte de conseil à Moscou. C’est parti ! Alors, là, je fais toutes sortes de missions. Ouvrir un compte en banque, gérer les salariés. Etudes sur le chewing-gum et sur les camping-gaz. J’en passe et des meilleures. Enfin, rien n’est rentable. On s’lance dans le public. Réformes des Etats. Bref, mon vocabulaire commence à être fourni. Et puis, j’fais du piano, et je vais au théâtre, surtout les marionnettes et puis le cirque, le cirque. Tout cela me confirme que c’est là-bas qu’il faut ETRE. Et shit de schit de schit, on m’envoie à Bruxelles. C’est vraiment pas malin. J’inonde l’Iliouchine de larmes de Croque-Odile. Et au bout de quelque temps, j’finis par apprécier. Grâce à la sœur d’Alice. Et puis il y a embrouille avec la Commission Européenne. Ils sont très libéraux. Exit les socialos !

SURIKOV Vasily Ivanovich (1848-1916): A Portrait of a Minusin Tatar. 1909.

Je cherche un autre boulot. J’entre à l’université et je fais le boulot : exporter, importer des élèves, des plans de cours, des livres, des biblios, des enseignants. Monter des cursus, chercher des passerelles. J’adore, j’adore vraiment. Mais, bon il y a ma Chlof et je ne peux plus continuer à voyager autant. Je change de boulot. Alors depuis ce jour, je travaille plus en russe. Ca fait huit ans maintenant. Mais, non, je n’abandonne pas ! Fidèle, je suis, fidèle.
Je manque juste de pratique. Enfin, vous aurez compris que je suis folle du russe et puis de la Russie. L’avantage sur les amours humains, c’est qu’aimer, sans retour, une langue et un pays, c’est franchement évident. Même si la Russie capitaliste, c’est plus le même pays. On joue moins aux échecs. Me gonflent les nouveaux (t)riches, mais moins que nos bourgeois. Exubérance fait rire. Pourtant, pourtant, pourtant, question vrais senti-ments, y a eu que le tatar, l’ennemi de tous les temps !

Et puis, fort heureusement les frontières sont ouvertes. Les hôtels de mon voisinage accueillent de nombreux touristes de mon pays d’amour, curieux, cultivés, drôles. Je leur colle aux baskets. Je fourre mes deux oreilles en plein dans leurs converses. Je me délecte en douce. C’est mon côté espion.
Et puis de temps en temps, je renfourche l’oiseau. Je trébuche et sursaute. Insulte et gratifie.

Ah ! il existe encore

Nota bene :
Si j’ai eu l’envie pressante d’écrire cet article, c’est à cause de ma tante. Elle me signale que Claude Hagège, quand même pas un bouffon, au moins sur cette question, profère que le russe est la plus belle langue du monde. Pour une fois que je suis d’accord avec les autorités, il faut le signaler.
Et vous indique aussi  le propos d’un géant, je dis Lomonossov : la langue russe « a splendeur de l’espagnol, la vivacité du français, la robustesse de l’allemand, la douceur de l’italien, le tout enrichi par la force de l’imagination et la concision du grec et du latin ». Et toc !

Pourquoi ais-je fait du piano, alors que j’avais toujours dit que je détestais ca ? C’est simple, les deux appartement que j’ai occupé à Moscou, en était équipés. Le 1er, outre qu’il était entièrement tapissé de tableaux, comprenait carrément un piano à queue. Ca, ca ne s’oublie pas ! Royal. C’est comme ça qu’on dit piano à queue, en russe. Le 2ème comprenait le piano d’une concertiste qui datait de la toute fin du XIXème siècle. Magnifique art moderne. Alors, là j’ai craqué. Mais j’ai tout oublié. Mon cerveau, quel flemmard !

Au fait pour Croque, Odile. C’est mon deuxième prénom. Ma mère adorait ça. Et puis, le seul journal satyrique en Union Soviétique, il s’appelait Crocodile. C’était tout un programme.

Une exécution ordinaire

Ca y est. Je l’ai vu. J’étais intriguée par ce film par deux éléments : d’abord le réalisateur. Son nom, Dugain.  Son ancienne profession ? Banquier !Son parcours, de banquier à littérateur. Puis de  littérateur à cinéaste. Ca fait baver d’envie.
Et  il choisit ce thème : la fin de Staline. Un film  russe et historique, sur Staline en plus, thème de mon mémoire de maîtrise, ne peut me laisser indifférente.
Plus en corps, un de mes auteurs préférés – Joseph Kessel  – a écrit un bouquin, unique dans sa production : Les mains du miracle. Ce livre  – mi-fiction, mi-documentaire, comme le film – raconte une histoire pratiquement identique à  celle d’Une exécution ordinaire.  Un dictateur, un guérisseur.
Les similitudes s’arrêtent là.  Le guérisseur de Himmler dans le livre de Kessel s’arrange pour soutirer des libérations de plus en plus grandes de prisonniers juifs. Dans Une exécution ordinaire, la fille ne retire rien, au contraire, elle doit quitter son mari adoré. Pour mieux se taire. Finalement, elle sauve de  justesse, sa peau et celle de son mari. C’est énorme.
Ce qui est dingue aussi dans ce film, c’est que l’actrice se nomme Hands et qu’elle a des mains incroyablement belles, fines, délicates. Elles ont du pouvoir. Ca crève l’écran.
Sinon, il faut évidemment dire que la prestation de Dussolier est admirable. Et que l’analyse du personnage stalinien est vraiment pénétrante. Ainsi que la restitution de l’ambiance de l’époque. En particulier, l’auto-censure. Celle que nous pratiquons aussi, mais en démocratie, on s’en rend peu compte.
Que j’aime Tom Novembre en médecin discret et intègre, mais que le méchant médecin qui veut sauter la fille est aussi superbement interprété. Un vrai méchant. Fou et fragile. Grégory Gadebois. A suivre.

Grégory Gadebois, de la Comédie Française...

Que Denis Podalydès en concierge « actif » est juste, est tout comme il le faut. Soviétique :  il épie. Russe, il compatit, avec un brin d’humour.

Le film rend aussi un très bel hommage à Chostakovitch et il a tout bon. C’est bien tel qu’il le présente que ce génie a été perçu par le autorités politiques.

Il y a une chose dans le film que je n’ai pas comprise, honte à moi, c’est l’image du début et de fin. On dirait de la rouille, de la boue. Comme si le sous-marin de Koursk avait été retrouvé. Curieux.

Ensuite, il y a deux petites maladresses qui m’ont un peu gênée : un mauvais raccord (avec et sans neige pour une même scène, celle de la visite aux parents dans la datcha) et l’histoire de la pilule au cyanure, qui me semble incohérente et improbable historiquement. Mais, on fait tous des maladresses, et cela ne gâche guère le film.

Et puis cette fin si triste. Par respect pour les spectateurs, je ne la dévoilerai pas. Une horreur pareille est arrivée à une des amies polonaises. Un cœur, une lumière qui s’éteint, étouffée de chagrin.

Chostakovitch Dimitri Dimitrievitch (1906-1975)

Dimitri Chostakovitch, c'est un type sérieux...

Dmitri Chostakovitch est l’un des compositeurs russes les plus marquants et les plus prolixes du 20ème siècle. Il est né à Saint Petersbourg dans une famille de l’intelligentsia polonaise, dont plusieurs membres avaient été déportés par le tsarisme. Admis au conservatoire à l’âge de treize ans, il compose sa première pièce trois ans plus tard. Six ans plus tard, en 1925, il signe sa Première symphonie, aussitôt jouée à Berlin, Londres et Philadelphie par les plus grands chefs. En 1927, l’Association pour la musique contemporaine joue sa Deuxième symphonie « Octobre » en commémoration du 10ème anniversaire de la révolution. Malgré ces gages d’adhésion sincère à la révolution, les tensions avec les autorités politiques ne se font pas attendre : son opéra Le Nez, inspiré d’une pièce de Gogol et raillant la bureaucratie, est jugé trop complexe, « formaliste » . Ainsi,  cette pièce, aujourd’hui considérée comme un chef-d’œuvre du futurisme, disparaît rapidement de l’affiche et devient même un exemple à ne pas suivre. Un deuxième opéra, qui se veut le premier volet d’une trilogie consacrée à la femme russe, subit à peu près le même sort. Durant deux ans Lady Macbeth de Mzensk connaît un grand succès auprès du public et des professionnels. Mais, en 1936, Staline assiste à une représentation et n’apprécie pas. Quelques jours plus tard,  paraît un article assassin dans la Pravda intitulé « Du chaos en place de musique » qui scelle définitivement son sort. Conscient de la gravité de la menace, Chostakovitch s’adresse au maréchal Toukhatchevski, héros national ayant maté la révolte de Kronstadt et mélomane, pour obtenir une protection. Or, celui est bientôt arrêté et fusillé. Paniqué, le compositeur craint les représailles et renonce à faire jouer sa 4ème Symphonie, dont le côté introspectif n’est pas pour plaire au régime qui veut de la musique joyeuse, en accord avec le réalisme socialiste prôné par Jdanov. Heureusement pour lui, sa 5ème symphonie reçoit un accueil favorable. On considère qu’il s’est amendé et lui-même joue le jeu, évoquant l’humanisme optimiste de son œuvre. Au-delà des vastes débats idéologiques qui l’entoure, cette symphonie possède de telles qualités telles qu’elle est aujourd’hui la symphonie plus enregistrée de toute l’histoire moderne. Sorti de là, Chostakovitch comprend qu’il ne peut survivre qu’en allant plus loin et promet au pouvoir une symphonie sur Lénine, qui selon ses dires lui demande un travail colossal et en conséquence ne peut être achevée rapidement. A dire vrai, il compose tout autre chose – sa 6ème symphonie – mais, ayant temporisé, il est ensuite sauvé par la guerre qui éclate. Il s’engage comme pompier auxiliaire à Leningrad et c’est dans des conditions extraordinairement difficiles qu’il compose sa 7ème symphonie dédiée au siège. Poignante, mais pleine d’espoir, l’œuvre est aussitôt exécutée à Moscou où elle est microfilmée, envoyée en avion à Téhéran, de là transportée en voiture au Caire d’où elle part vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle sera continuellement jouée pendant la guerre, en marque de soutien des alliés aux combats héroïques menés par les armées soviétiques. En 1943, Chostakovictch compose une 8ème symphonie, parfois appelée Stalingrad par analogie avec la précédente.  Celle-ci fut cependant nettement moins appréciée et par le pouvoir soviétique qui ne la jugea pas assez optimiste et en Occident qui crut y voir une répétition de la précédente. Son exécution fut donc interdite pour plusieurs années. Sortis de la guerre, le pouvoir soviétique attend de son principal compositeur une œuvre majeure à la gloire de l’armée soviétique. Au lieu de cela, sa 9ème symphonie est une œuvre courte, joyeuse et insouciante qui provoque la consternation. Puis, il abandonne le genre pour écrire des œuvres plus intimes, comme son 3ème quatuor.
C’est alors que sonne l’heure de la reprise en main de la musique par le congrès de l’Union des compositeurs en 1948. Avec d’autres, il est accusé de formalisme et sommé de rentrer dans l’ordre du réalisme socialiste. A compter de cette date, Chostakovitch entame une double vie : d’un côté il produit des œuvres politiquement correctes, de l’autre il écrit des pièces excessivement sarcastiques d’une très grande drôlerie. Ainsi du Rayok (littéralement le Petit Paradis), petite pièce pianistique qui met en scène une parodie du comité central ou bien encore ses Mélodies sur des pièces populaires juives, qui cadrent mal avec l’antisémitisme ambiant.
Prudent, le compositeur attendra deux ans après la mort de Staline pour faire jouer ces deux compositions. Car en public, il n’a d’autre choix que de jouer le jeu : il est notamment envoyé en délégation à New-York en 1949 et éprouve un malaise évident à devoir défendre une ligne politique en laquelle il ne se reconnaît pas. Le malaise est semble-t-il partagé : quelques mois après la mort de Staline, sa 10ème symphonie entraîne un déluge de controverses au sein de l’Union des compositeurs. Car si la ligne politique ne se

David Oïstrakh que j'aurai voulu écouter

détend pas, elle stérilise tellement la création, que seules les œuvres de Chostakovitch arrivent à passer à la barre et à créer l’événement, comme ce fut le cas pour le Premier Concerto pour violon dédié à son génial exécutant, David Oïstrakh. Mais à nouveau l’œuvre est rapidement évincée de la scène soviétique tandis qu’elle connaît un succès retentissant de par le monde.  Pour le quarantième anniversaire de la révolution, Chostakovitch rentre à nouveau dans la rang avec sa 11ème symphonie consacrée à la révolution de 1905. Puis peu à peu, l’ambiance se détend, en 1959 Chostakovitch participe à la réception d’accueil de Stravinsky et fait preuve de son ouverture d’esprit envers une musique qu’il ne se sentait pas à même de pratiquer mais dont il appréciait les qualités. En 1960, Chostakovitch devient membre du parti communiste, passage sans doute obligé pour conserver son siège de premier secrétaire de l’Union des compositeurs de la République de Russie. En 1962, il délivre enfin sa Symphonie 1917, à la mémoire de Lénine, où d’aucun crurent voir dans l’emphase de l’œuvre, une sorte de parodie de la grandiloquence des slogans officiels.  Cette mascarade permet néanmoins à Chostakovitch de voir ses œuvres préférées réhabilitées et lui donne une plus grande liberté d’écriture par ailleurs : il continue de dénoncer l’antisémitisme avec Babi Yar et met en musique la poésie de Tsvetaieva, poétesse acculée au suicide par le stalinisme. En 1966, il est le premier compositeur à recevoir le titre de Héros du travail socialiste Jusqu’à ses derniers jours, en 1975, il continue d’écrire avec ardeur, innovant ou reprenant des œuvres classiques : il réorchestre notamment plusieurs œuvres de Moussorgski. Ce n’est qu’après sa mort que purent être révélés des écrits privés prouvant combien il avait intiment souffert des conditions politiques ayant entouré sa création.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

Vodka

Xудожник - Вася Ложкин * Dessinateur - Vasya Lojkin

On ne peut exclure qu’une des raisons de l’animosité entre russes et polonais tienne à la vodka, car les deux nations s’en disputent âprement la maternité. Selon les Russes, un arbitrage international rendu en 1982 a définitivement éteint la querelle, attribuant au moine russe Isidore l’élaboration de la première vraie recette de vodka aux alentours de 1430. Il s’agissait alors d’une vodka de céréales, dite également « vin de pain ». On fabrique depuis également des vodkas à base de pommes de terre. Rapidement, le pouvoir – en l’occurrence Ivan le Terrible – comprend qu’il peut grâce à un monopole, à la fois garantir la qualité du produit et d’importants revenus pour l’Etat. Mais progressivement le contrôle se détériore, le trafic se développe et l’on voit apparaître sur le marché des alcools de moindre qualité. Parmi les sobriquets attribués aux torts boyaux en cours on peut retenir « la française de 14ème rang », qui désigne un alcool tout juste bon pour les fonctionnaires de dernière catégorie. Inquiète de cette situation, l’impératrice Catherine II, qui aimait à offrir de la vodka à ses illustres hôtes, Goethe, Voltaire, autorise les nobles à distiller. Les grandes familles mettent alors un point d’honneur à fabriquer un alcool le plus pur. C’est à même cette époque, au début du 18ème siècle, qu’est mise au point la méthode de purification au charbon de bois, aujourd’hui concurrencée par le filtrage à l’ambre de Baltique. Mais la recette évolue encore grâce à la science : c’est à Mendeleïev que l’on doit de savoir que la meilleure vodka titre à 38°. Les taxes étant calculées sur le degré d’alcool, c’est le titre de 40° qui est retenu. Dès lors, le succès de la vodka ne se dément pas, si bien que la propagande soviétique s’attache rapidement à dénoncer les dangers d’une consommation excessive, pouvant entraîner, outre la mort du buveur, une progéniture mal en point. Las, ni les prolétaires ni les nantis ne s’éloignent de la bouteille. On a beau grignoter des zakouskis pour absorber l’alcool, humer un quignon de pain dans les circonstances les plus dures (guerre ou goulag), l’élixir cogne. Cinquante grammes après cinquante grammes. Un célèbre roman tragi-comique des années 80  Moscou-sur-Vodka divulgue ainsi les graphiques précis de la consommation du « collectif de travail » au sein duquel est intégré le héros, qui finit par se suicider. Pour remettre sur pieds son pays, Gorbatchev tente d’encadrer la vente : cette loi sèche (soukhoi zakon) contribuera fortement à son impopularité. De fait une pègre comparable à celle de la prohibition américaine distribue des « samogon » (« cuit soi-même ») qui fauchent en nombre les assoiffés. Bien que la loi ait été assouplie, le problème reste entier de nos jours, principalement pour des raisons économiques. La vodka de qualité, en partie produite par des investisseurs occidentaux, est au prix fort. D’après une commission d’enquête de la Douma (Parlement russe), la vodka frelatée, et donc bon marché, aurait entraîné 17.000 décès en 2006.  Car, même s’ils redécouvrent les délices du vin et de la bière, les Russes restent les plus grands consommateurs de vodka au monde, avec environ 50% du marché (pour 2% de la population), ce qui équivaut à environ 16 litres par personne et par an. Il ne faut pas croire pour autant que tous les Russes aiment la vodka : certains n’en boivent goutte, lui préférant, peut être par snobisme, les alcools occidentaux ou pour les plus sages, les tisanes médicales de Sibérie et de l’Oural.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent