Mots-tifs

tout à fée ça !

Bon, je ne vais pas couper les cheveux en 4. J’ai déjà parlé de mon nain terre hé pour les jeux de mots et pour les coiffe-heures. C’est big ou dis !

Je père-sévère. Sous-pires dans les soupir-rails. Pour les trains, pas annoncés (ânes ? on sait …), il faut chercher sur le quai-stion. Des insomnies… j’en ai parlé oh si ! Mais j’avais point pensé à prendre des sommes-nient-fer ! C’est le terre-minus.

Allez ma fille, je te pars-donnes : 3 parterre et un avc. Avec la mort-fine. Da-corps ? Fais un nez-fort !
Et si tu es antique, c’est normal que l’on t’ai quittée. Antiquité. Craie-hâtive ou pas. C’est pas la question. Et pourquoi souffrir ? C’est no-blesse !

Tu ne reçois plus de courrier ? Normal, le mâle :  plus de boîte à l’être ! Tout est engrangé par ce vieux con-cierge, qui n’est pas vis-king ! Je devrais plutôt filer en affres-hic. Plus de front-hier. Mais j’ai plus de fric ! C’est pas très come hic (et nunc). Ou erre hit tease ? Dans les étages, j’erre…Je suis une no-mad, aimant bien les fous…En transe, parents ? C’est du transparent.

Tous des brutes, en plus pas très nets. Je préfère les fils-qualité.

En point de croix, s'il vous plaît !

J’prends une pâte-hisserie. Une de ces bonnes pâtes qui remontent le mort-hâle.  Con-sole. Sol, dit-aise. Enfin, c’est ce que suggère le marque…et ting ! Je devrais sans doute être au reste au rang. Prendre des harengs. Et bien,  je les rends. J’prends des coqs qui âgent. C’est bien plus mare-ans.

Je suis et-puisée, grosse, figée dans mon sommeil, l’air un peu taille-raide.  Peut-être une personne alitée ? Un à dos laissant ? Et mon âme s’lave. En douche écho s’aise.

Nb : à propos des vikings, une info capitale, glanée dans Astrapi ! Pour les Vikings, parcourir le monde était tellement naturel que le mot « heimskr » voulait dire « celui qui est resté chez lui » et aussi « stupide » ! Marrant, non ?

Publicités

Me filent les trains

Nicolas de Staël, Chemin de fer au bord de la mer

Orange, brûlant, suant de milles odeurs,
C’est le skaï ouvragé
De pauvres prisonniers

Soufflant, fort, métis, moite et tiède,
passant par les tunnels,
et à contre-courant

Etonnantes, surannées,
Blanches et noires icônes,
d’une France pittoresque

Dans les compartiments, combien de sentiments ?
Et des sens et tu mens !

Aux trousses, chemises,
train arrière ou derrière

Les convois de la honte

Wagons de plomb, wagons de peur,
de Drancy, Varsovie
s’étirant vers la mort
transportés, déportés

Cahotant, grinçant,
dans les arrêts, dans les soufflés,

A voir, absolument !

ta ca ta, ta ca ta…

Brésil & Jargão,
C’est dans Maine-Océan,
qu’aiment les contrôleurs,
et se fichent des billets !

Des esclaves africains,
De petits bouts de bois, qui veillent et qui s’éveillent
Locomotive d’or
qui transporte de l’or

Ne s’y laissent pas reprendre,
Penchés sur le coton, les chinois s’échineront,
Pour le continental

Mon exotique amour,
Rendez-vous à Venise,
mais n’y viens que par train

Et perdu dans les cendres
c’est le transsibérien
Est-ce que j’en ai la mine ?
Sans doute la mine de rien

Gare à vous !

C’est moi qui l’ai écrit en avril 2000-train

Voir aussi, un roman russe

Nb : ce poème est un train. Tous les liens hypertextes conduisent vers des chansons, des livres, des poèmes, des films, qui m’ont tous transportée ! Je n’ai malheureusement pas trouvé un lien vers Les Chinois de la diaspora, de Franços Debré, (1976, Marabout), qui parle de la construction du Transcontinental par les Chinois. Je cherche…tchou, tchou !

Tolstoï Lev Nikolaievitch (1828-1910)

Un des auteurs russes les plus lus au monde, le comte Léon Tolstoï a considéré l’écriture tantôt comme une nécessité absolue tantôt comme un passe-temps bourgeois et superflu. Ecrivain prolixe dans sa jeunesse, il devint sur le tard, philosophe, avare de ses mots, mais ses talents ne se sont jamais démentis.

Toute sa vie à cheval

Tolstoï est le quatrième fils d’un noble, militaire, qui vit des rentes du domaine de Iasnaïa Poliana, à trois cent kilomètres au Sud de Moscou.  Cette propriété deviendra le point d’attachement de Tolstoï et de sa famille : il y exercera ses talents de propriétaire foncier, d’écrivain, de père de famille, de  maître d’école, de patriarche. Pourtant jeune orphelin de père et de mère, Tolstoï est contraint de quitter le paradis de son enfance, pour rejoindre Kazan où lui et ses frères sont élevés par une vieille tante. Il y fait de médiocres études à l’université, se montrant rétif au savoir pré mâché. D’ailleurs, dans ses œuvres, il s’attachera fréquemment à démontrer l’inanité de la science calcifiée, n’hésitant pas – dans Guerre et Paix à démonter le mythe national d’une armée russe organisée. Sans doute savait-il d’expérience – il a servi comme sous-officier durant la guerre de Crimée – que les batailles racontées dans les livres d’histoire ont peu à voir avec la réalité. A peine sorti de cette courte carrière militaire, en 1852, Tolstoï publie son premier récit. Une courte nouvelle, intitulée Histoire de mon enfance, qui est immédiatement saluée par les plus grands critiques et littérateurs de son temps : Nekrassov, Tourgueniev. Encouragé, il publie de nombreux récits inspirés de son séjour au Caucase dont Les Cosaques, Coup de main, L’opération de déboisement. Dès ces premières œuvres, les qualités de l’écrivain sont en place : capacité à chercher la vérité au-delà des apparences, à retranscrire par un tableau physique les sentiments profonds des personnages, intérêt pour les questions morales, maîtrise parfaite du rythme du récit. [Ce qu’explique très bien Nabokov, dans ses leçons sur la littérature russe, NDLR].
Ayant démissionné de l’armée, il rejoint son cher domaine où il tente avec maladresse d’améliorer le sort des serfs. Mais il se heurte à l’ignorance, à la méfiance, au gouffre social qui le sépare des paysans. Cette incommunicabilité, il la relate dans La matinée d’un Seigneur, qui paraissant six ans avant l’abolition du servage (1861), qui vient en corroborer la nécessité. Volontaire, désireux de faire lui-même changer les choses, il organise un réseau d’écoles aux alentours de Iasnaia Poliana, dans lesquelles il met en œuvre une pédagogie sans contraintes, qu’il veut guidée par le besoin et les savoirs des petits paysans. Puis il se marie et l’activisme de sa femme, Sophie Bers, qui prend en main le domaine, lui permet de se consacrer à nouveau entièrement à la littérature.  C’est alors qu’il entreprend sa première grande œuvre – Guerre et Paix – qui lui demandera six années de travail (1863-1869). S’il étudie à fond l’histoire officielle, il

Mêmes les américains ont aimé

prend avec elle beaucoup de liberté, affirme sa vérité qui passe par l’aventure individuelle de ses héros. Ainsi la bataille de Borodino où Pierre Bezoukov, une des figures marquantes du livre, erre sans but, prend la forme d’un immense chaos ne devant rien à la stratégie des généraux. Le roman, fresque historique et psychologique d’une grande justesse reçoit un accueil enthousiaste du public. Bientôt, Tolstoï entame la rédaction de son deuxième ouvrage majeur, Anna Karenine (1873-1877). Avec ce roman, Tolstoï affine sa description de la bourgeoisie russe mais il aborde également un de ses thèmes favoris : la sincérité dans le couple. Précédemment abordé dans Le bonheur conjugal (1859), il reprendra ce thème dans l’un des ses derniers romans La sonate à Kreutzer (1887).  La conception que Tolstoï a de l’amour, basée sur son expérience propre, est loin d’être optimiste. Ainsi, quand bien même les héros d’Anna Karenine parviennent-ils à s’unir, bravant qui la timidité, qui les interdits sociaux, la solitude des cœurs reste la règle avec la mort pour seule issue. De fait, à compter des années 1880, Tolstoï est obsédé par l’idée de sa mort. Il veut la surmonter, lui survivre. Et le voici emporté par ce que d’aucuns décriront comme une crise mystique, il réécrit l’Evangile, fustige l’hypocrisie de l’Eglise, dénonce la misère et tente – autant que faire se peut  – de se défaire de ses privilèges. Paré d’une chemise du moujik, il coud ses

Un livre exceptionnel et tout petit !

bottes, fauche son blé, renonce à ses droits d’auteur. Il écrit moins, des ouvrages plus courts, plus cinglants, moins nuancés. Son dernier roman – Résurrection –  où il dénonce la machine carcérale – lui vaut d’être excommunié par le Saint Synode en 1901, il a alors soixante treize ans. Neuf ans plus tard, le vieux barbu, qui n’écrit plus que son journal, quitte un domicile où les crises conjugales se succèdent, bien décidé à recommencer sa vie. La mort le cueille en chemin, sur un quai de gare. Avec Gorki, Tolstoï est le seul écrivain qui ait intéressé les bolcheviks qui voyaient en lui le fidèle reflet de son époque car s’il savait exprimer la lassitude du peuple face aux privilèges exorbitants de la noblesse, mais en prônant la non résistance au mal, il avait été incapable d’y trouver une issue.

Article rédigé par « Sibir » et publié chez Larousse, Dictionnaire de la Russie, collection A présent

Lecture complémentaire indispensable : Alberto Cavallari, La Fuite de Tolstoï, chez cet excellent éditeur qu’est Christian Bourgois. J’espère que la maison survit à la mort de son créateur.

Un roman russe, Emmanuel Carrère

Quelle académicienne !

Lève-toi et marche !

Etudiante à Sciences Po de 89 à 91, en cursus « Affaires économiques internationales » je ne suis pas censée suivre les cours d’Hélène Carrère d’Encausse, mais russophone et russophile, je me fais violence pour y aller, le lundi matin, à 8h00.
Je suis passionnée par ses analyses. L’époque est si riche. Tchernobyl, perestroïka, Glasnost, fin de l’Empire. Je n’aime pas ses diatribes nationalistes, mais je respecte profondément son analyse de la fin de l’URSS.
Les années se passent. Je traîne mes guêtres en ex-URSS, Moscou, la Russie profonde, l’Oural,  la Sibérie, le Caucase. Quelques articles de ce blog en témoignent.

Et puis…une amie très chère, qui a participé à la création de l’association des amis de Mémorial, m’offre « Un roman russe », d’Emmanuel, le fils. Je plonge dès la première page et …je plonge, profond, bien plus profond que ne le suggère la couverture du Folio.
Ce roman n’est pas une vie autre que la mienne. C’est ma vie. Lui c’est Kotelnitch. Moi c’est Berezniki, Kaluga, Ijevsk, Ussolié Sibirskoié. Avec la  même tristesse, la même énergie, la même absurdité. Pour ce qui est de l’histoire d’amour, de ses délires érotiques, non. Je suis trop coincée. Et mes histoires sont forcément différentes, mais j’aurai pu vivre cela. J’aime et délire aussi. Qui ne connaît pas ces doutes, ces fantasmes, ces malentendus ? Allers-retours, chemins de traverse.

L’importance des voyages en trains me frappe, Inconsciemment, normal, je rêve souvent de trains, de gares. Et depuis que j’ai lu le magnifique ouvrage de Jean-Bernard Pontalis, Ce temps qui ne passe pas, suivi de Le compartiment de chemin de fer (Gallimard, 1997), j’ai compris l’importance intime de ces voyages en train, hors du temps.  Lire La Sonate à Kreutzer, de Léon Tolstoï. Voir aussi le début (et la suite !) de Stardust Memories, de Woody Allen.

Je découvre aussi les racines de la famille Carrère. Le grand père géorgien. Devenu nationaliste et collabo. Abject sans doute, mais j’aime trop la Géorgie pour ne pas essayer de comprendre. Et on comprend : un homme vexé de mieux maîtriser le russe que sa propre langue. Un homme heurté par la si courte durée de l’indépendance géorgienne. Comme le dit Emmanuel, s’il appelait la démocratie, « la bête immonde », c’était pour désigner les régimes qui avaient laissé la Russie envahir son petit pays en 1921. Un homme, qui voulait devenir diplomate et devient taxi. Qui se sait malade. Outragé à vie. Taxi, il ne prend pas de client quand il est plongé dans un ouvrage de science politique ou de  philosophie !
L’arrière-arrière-grand-mère, Nino, a traduit Georges Sand en Géorgien. C’est pas classe ça ? Lire Ali et Nino, de Kurban Saïd.
Et puis ce grand père, si fou, si étrange, qui permet de mieux comprendre le nationalisme « hérité » de la grande Hélène. Et je comprends aussi que l’on puisse un jour ressentir l’urgence de faire le  jour sur les secrets de famille.  C’est des plus osés, des plus difficiles : je salue son courage. Et pour avoir croisé sa mère récemment dans un  petit cocktail,

intemporelle vitrine à lécher !

je peux vous dire qu’elle est encore bien droite, élégante, drapée d’une tenue de tigresse, perchée sur ses talons aiguilles ! Il faut dire qu’être une des rares immortelles, après l’indigence totale dans laquelle elle est née, ca révèle un personnage hors du commun. Une femme forte.

Moi aussi, ça me démange de crever l’abcès du passé. Dans ma famille, les blessures, le pus,  ne viennent  ni d’une révolte manquée, ni d’un exil forcé, ni d’une idéologie affreuse, paumée. Mais, oui, un peu de la 2nde guerre mondiale et surtout de la guerre d’Algérie. Nous verrons cela plus tard : guerres étatiques, blessures humaines sur des générations.
Allons, revenons au roman russe !

Première page, il y a un train de sodium. Or, c’est le sodium m’a conduite à Berezniki et à Ussolié Sibirskoié. Deux villes si semblables à Kotelnitch. Et le sodium, je vais vous dire, c’est incroyable, magique ! Vous prenez du sel, de mer ou de terre (on dit alors « gemme », j’aime…), vous ôtez le chlore et vous obtenez du sodium. Hautement explosif. Produit dans des conditions d’insécurité délirantes en Russie.  A partir de ce sel inoffensif, précieux, le sel de la vie, on obtient une bombe, qui sert à faire des médicaments, du plastique. Toutes sortes de mélanges. Joli symbole.
Les vielles femmes qui les engueulent ?   Oui, ce sont bien ces déesses en furie que j’ai décrites dans mon article sur la  babouchka !  Le thaïlandais de Maubert ? J’y ai souvent mangé. Le prisonnier de guerre hongrois égaré ? Des histoires comme ça, j’en ai entendu parler ! Les russes fous de joie de parler français ?  J’en ai rencontré par légions. Et qui connaissaient mieux que moi notre histoire et notre littérature !
Enquêter, fouiller, mettre de côté des idées pour plus tard. J’aime. Tenter de croire en un nouvel amour, malgré le décalage social, après une histoire si longue, avec les enfants, ceux qui sont faits et ceux qu’on aurait voulu faire mais qu’on ne fait pas.
Bon, je vais arrêter listes toutes les covalences, ça va fatiguer…mais des livres soulignés comme ça, dans ma bibliothèque, je n’en compte pas beaucoup. Quand j’étais jeune, c’est ainsi je soulignais Dostoïevski (essentiellement Crimes et châtiments, mais aussi Les carnets souterrains, qu’E. Carrère évoque à propos de son grand père) – et Michel Tournier – c’est dire à quel pinacle je porte ce roman !
Comme Dostoïevski, Emmanuel a l’immense talent d’évoquer les petitesses et les contradictions de l’âme humaine. Il avoue. Il a peur des conflits. Mais tout d’un coup, ca le prend, il cherche la bagarre, veut prendre des coups ! Il veut surmonter le fossé social qui le sépare de sa belle, mais dit à quel point cela leur est difficile et ne cache rien de ses sautes d’humeur. Il pense avoir tué sa nounou. Peut-être. Une nounou, personnage secondaire, mais tellement attachant. Tzigane, mi-errante, mi-noble. Fort laide, mais qui avait tous les hommes à ses pieds.

Si vous avez aimé ce texte un peu tronqué, vous pouvez lire mes impressions sur D’autres vies que la mienne, celui-ci  est fini.

NB 1: voila, depuis des jours je travaillais sur cet article en mode brouillon. Je passe la matinée à faire la queue à  la mairie pour faire faire le passeport de ma puce. Je rentre, une correction et je publie sans faire attention. Alea jacta est ! Enfin, ce n’est pas si grave, l’auteur a quand même apprécié..

NB 2 : je ne me doutais pas en citant Michel Tournier, qu’il avait écrit ceci : Certes on n’a jamais rien vu de plus grand, majestueux, chaud, murmurant, soupirant, soufflant, fort, gracieux, élégant, érotique, puissant et féminin qu’une locomotive à vapeur. Extrait de Le Miroir des idées

NB 3 : au total, ces histoires de train m’ont inspiré ce poème : Me filent les trains